Kobo, Sony et Amazon : le paysage de la lecture numérique

Cécile Mazin - 18.08.2014

Lecture numérique - Acteurs numériques - lecteurs ebook - encre électronique - Kobo Sony


La collaboration entre Sony et Kobo ressemblait plutôt à un passage de témoin. Dans le monde de la lecture numérique, la société d'origine canadienne a pris une certaine place, alors que le Japonais voyait sa présence réduite comme peau de chagrin. Alors, quand le second a annoncé qu'il reprenait le catalogue et les clients de Sony, on avait l'impression d'une fin d'époque.

 

 

弘法山山頂でくつろぐ猫 / Cat relax in Mt. Kobo summit

Toshihiro Gamo, CC BY 2.0

 

 

En février dernier, Sony quittait officiellement la vente de livres numériques, et transférait ses comptes clients chez Kobo. Une transition pas toujours en douceur, certes, mais qui assurait une continuité du service auprès des consommateurs. Michael Tamblyn, CEO de Kobo revient aujourd'hui sur le transfert de flambeau.

 

« En Amérique du Nord, nous avons été très heureux que les clients de Sony viennent sur Kobo. Les gens ont été très intéressés et enthousiasmés par notre écosystème de revendeur, et notre investissement sur la recommandation et la manière de découvrir ses prochaines lectures. En tant que société, nous sommes très heureux de la collaboration et la qualité des clients qui viennent. »

 

Sachant que Sony n'a pas annoncé de nouveau modèle de lecteur ebook pour la rentrée, alors que c'était traditionnellement la date de lancement, tout montre que le géant japonais a abandonnée la course. Et il ne faut pas se leurrer : l'accord entre Kobo et Sony, qui a décidé de fermer son ebookstore pour les Américains, n'est pas un regain de vitalité, « tout au mieux, une solution pratique pour récupérer les clients qui n'avaient pas encore migré vers Amazon. » 

 

Or, le territoire américain ne disposerait dans l'absolu que de deux acteurs dans le monde de la lecture numérique, et plus précisément pour les lecteurs ebook. Non que l'encre électronique soit asséchée, mais entre Kobo et Kindle, les consommateurs sont face à un duopole évident. 

 

Sauf que cette entité bicéphale n'est pas si manifeste : Kobo a déjà annoncé qu'il renonçait au marché du lecteur ebook pour le territoire américain. Depuis mars dernier, la société a clairement déclaré à l'autorité de la concurrence canadienne, qu'elle déserterait le marché US. « Aux États-Unis, dès que le modèle “Agency Lite” a été adopté, les revenus de Kobo n'ont cessé de baisser. Kobo a depuis stoppé les investissements pour son marketing aux États-Unis, a fermé ses bureaux à Chicago, et se concentre sur d'autres marchés. Les revenus et sa part du marché américain sont désormais quantité négligeable. »

 

Dans ces autres marchés, on sait que les pays en développement sont clairement dans le viseur de Kobo, sachant que pour de nombreux acteurs, le marché britannique est quasiment acquis à la cause d'Amazon. Tamblyn assure que la relation tissée entre Kobo et Sony a permis de faciliter la vie des clients, dans leur accès à la bibliothèque numérique. « Notre première motivation était de se lancer dans un domaine de l'ebook, d'où sortait une société, et de permettre aux clients d'acheter de nouveaux titres. »

 

On ne délaisse donc pas complètement le secteur outre-Atlantique, surtout que récemment, c'est un accord avec le fournisseur d'ebooks en bibliothèques, Overdrive, qui a donné le ton. Les bibliothèques peuvent proposer le prêt d'ebooks, mais également l'achat, directement aux usagers. Cette vente est entièrement prise en charge par Overdrive, et permet à l'établissement de gagner un peu d'argent, à condition de souscrire au modèle. Cette solution d'affiliation rapporte quelques cents sur la vente de chaque ouvrage - 8 % précisément. Et dans le cadre de l'accord avec Kobo, les possesseurs de ces appareils pourront donc apporter leur participation au modèle économique de la bibliothèque. 

 

Si le marché du grand public semble difficile d'accès quand on n'est pas Amazon, peut-être que de passer par les services au public apporterait une solution de visibilité pertinente.