L'inventeur du web consacré pour sa complaisance à l'égard des DRM

Clément Solym - 14.04.2017

Lecture numérique - Acteurs numériques - Tim Berners-Lee - World Wide Web Consortium - DRM complaisance


Tim Berners-Lee est considéré comme le fondateur du World Wide Web. Aujourd’hui, il dirige le W3C, World Wide Web Consortium, et milite pour un contrôle des intelligences artificielles – dénonçant leurs dangers. Mais dans le même temps, il ferme les yeux sur des pratiques dégradantes pour les consommateurs. Paradoxe ?

 

 

C’est l’organisation Defective by Design qui vient de remettre le premier Obedience Award, saluant la complaisance de Berners-Lee, et son retournement de veste. Auparavant très critique à l’égard des verrous numériques, ou DRM, le directeur du W3C a décidé de ne pas prendre position contre les Netflix, Microsoft, Google et Apple. 

 

Toutes ces sociétés ont pourtant travaillé à l’élaboration d’une norme de DRM pour le streaming vidéo sur le web.

 

Toutes ces sociétés sont également de généreux donateurs, dont les cotisations significatives permettent au W3C de militer en faveur d’un internet neutre, ouvert, défendant les droits des utilisateurs et le respect de la vie privée.

 

Le DRM sert à “espionner l'usager et commercialiser ses données” (EFF)
 

Sans entrer dans des détails trop techniques, le standard EME, Encrypted Medias Extensions, sera une spécification validée par le W3C pour contrôler et limiter les usages. Approuvé par le directeur, l’EME a même contraint Firefox a cédé en 2014.

 

Dès 2013, le W3C avait fait fort en annonçant son intention de travailler aux spécifications techniques de DRM pour le HTML5. Bien des bras étaient alors tombés de leur chaise, sur le cul. Et dans la ligne, voici que les EME faisaient leur apparition, avec de réelles contraintes pour les usagers. (en savoir plus)

 

Pour sa servilité, estime DbD, Tim Berners-Lee méritait donc de recevoir cette récompense, accompagnée du commentaire qui enfonce le clou. « Ayant enterré le travail d’une vie de visionnaire et ses préoccupations éthiques premières, Berners-Lee a tourné le dos aux différents groupes opposés à la standardisation de DRM sur le web. Cet homme a persévéré à défendre les intérêts de médias riches et de sociétés technologiques. Pour son empressement à obéir, nous lui rendons grâce aujourd’hui. »  (voir le billet rageur de DbD)

 

TED2009: Tim Berners-Lee
Tim Berners-Lee - Veni, CC BY 2.0

 

Ce comportement, et la récompense qui va avec, ne pourra que conforter les détracteurs, opposés à la fusion entre le W3C et l’IDPF, International Digital Publishing Forum. Plusieurs membres avaient vu d’un mauvais œil le rapprochement, désormais acté, considérant les risques encourus.

 

Le transfert des actifs de l’IDPF au W3C supposerait aussi un transfert des contributions des différents membres de l’IDPF sur le format EPUB au W3C, à travers une autorisation. Selon les 4 signataires d'une tribune publiée peu avant le transfert des actifs, cette autorisation, signée par les membres, accorderait au W3C la possibilité d’exploiter et d’accorder des licences « de manière perpétuelle, non exclusive, gratuite et mondiale » pour « copier, publier et distribuer » les contributions des différents membres.

 

Un prochain Award en perspective ?