L'iPad, à l'heure des désenchantements

Clément Solym - 14.05.2010

Lecture numérique - Acteurs numériques - légalité - retards - censure


« Un appareil magique et révolutionnaire à un prix incroyable. » Ouais, tellement exceptionnel que quand Apple annonce une disponibilité au 28 mai, finalement les clients de la Terre entière peuvent aller se brosser.

Retard dans les livraisons...

Tous, et sans exception. Que l'on se rende en effet sur la boutique en ligne d'Apple et l'on découvrira avec joie et consternation, tout de même, que la bestiole n'arrivera pas chez celui qui l'a précommandée avant... le 7 juin. Soit près de 10 jours après le lancement normalement officiel.

Bien sûr, cela peut signifier qu'Apple est simplement en train de gérer les nombreuses précommandes qui lui parviennent d'un peu partout dans le monde, mais même sur la boutique des États-Unis, on constate que les iPads demandés arriveront entre une semaine et dix jours après la commande. Chapeau.

Ce qui signifie avant tout qu'Apple a du mal à fournir suffisamment ses points de vente. Et forcément, derrière, sur des sites comme eBay des possesseurs d'une machine tentent de tirer profit de la situation...

On ne fera pas ce que l'on veut...

Autre nouvelle, soulevée dans une tribune publiée dans Le Monde : la question du contrôle exercé par Apple sur les contenus vendus via l'iBookstoore. Marin Dacos et Pierre Mounier soulèvent en effet une lourde question : « Pour les auteurs d'abord, c'est un risque de censure : Apple semble bien décidé à exercer un droit de regard sur les contenus mis à disposition des utilisateurs de l'iPad via sa librairie électronique ibookStore. [...] Comment être certain qu'il ne demandera pas demain aux auteurs de se conformer à une charte de décence pour avoir l'espoir d'être présent sur ses tablettes de lecture ? »

La légalité du modèle d'agence


Enfin, nos confrères du Bookseller avertissent eux d'une méfiance qu'il serait bon de ne pas négliger concernant le contrat d'agence.

En effet, si Apple est prestataire de service, et prend à ce titre 30 % du prix de vente, il convient pour les éditeurs de savoir qui pilote quoi. Si la firme impose en effet ses propres conditions, et les prix au détail, l'affrontement avec les maisons sera inévitable. Tous signent normalement selon les mêmes conditions, et les éditeurs ont besoin de s'assurer que dans le contrat passé, ils sont bien en mesure de fixer leurs propres conditions ainsi que leurs prix.

Dès lors, en Angleterre, il semblerait que le modèle ou contrat d'agence ne soit pas encore pleinement légal. Plusieurs obstacles juridiques se poseraient et bien que l'Office of Fair Trading anglais ait refusé de commenter la situation, il n'est pas inenvisageable que l'autorité de la concurrence puisse mettre son nez là-dedans. Cette dernière assure toutefois qu'elle n'enquête que sur des questions qui ont trait aux activités du Royaume-Uni.

En parallèle, les éditeurs anglais n'hésitent manifestement pas à prendre des conseils auprès de juristes, les législations britanniques et étatsuniennes étant par ailleurs différentes. Il en est de même au niveau européen. La mise en place d'un marché pour le 28 mai - enfin, plus probablement à partir du 7 juin, donc - pose donc un « défi énorme ».