La fatigue visuelle diminue les ventes d'ebooks : l'écran d'arrêt ?

Nicolas Gary - 25.05.2017

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Avec les résultats des ventes de livres numériques en berne, aux États-Unis, comme au Royaume-Uni, les experts ont cherché des explications. Avec un chiffre d’affaires de 538 millions £ pour l’année 2016, ce sont 3 % de diminution sur les ventes que l’on observe chez nos voisins de la perfide Albion. Mais la tendance déjà constatée en 2015 se poursuit.


Kindle et Kobo chez Darty
ActuaLitté, CC BY SA 2.0
 

 

L’industrie de l’édition en Grande-Bretagne avait enregistré une belle croissance avec 4,8 milliards £ de revenus pour l’année passée — de quoi réjouir l’interprofession. Seule ombre au tableau, les ventes d’ebooks qui diminuent. « Il y a globalement cette impression que les gens ressentent maintenant une fatigue de l’écran, ou une lassitude devant la multiplication des appareils, qu’ils ont utilisé ou dont ils se sont servis durant la semaine », estime Stephen Lotinga, directeur général de la Publishers Association. 

 

Les secteurs les plus en berne dans le monde numérique sont les ouvrages de non-fiction et les titres jeunesse, qui ont perdu 17 % de ventes. De leur côté, les ouvrages audio dématérialisés ont augmenté de 6 %. Reste que dans son ensemble, le livre numérique représentait 35 % des revenus globaux. 

 

Et comme les ventes de livres physiques sont en croissance, avec + 8 % sur l’année, à 3 milliards £, soit le plus haut niveau depuis 2012, la PA se frotte les mains : « Un livre est déjà, en soi, l’appareil portable ultime. » Et l’on se gargarise de ce que les boutiques de centre-ville renaissent, contribuant à la dynamique des ventes de livres papier. 

 

« Je ne dirais pas que le rêve du livre numérique est terminé, mais les gens prennent clairement des décisions, concernant le temps qu’ils souhaitent passer sur leurs écrans », poursuit Stephen Lotinga.

 

Et si l'on s'imposait une cure de désintox ?
 

Ce que ce brave porte-parole de l’édition britannique oublie généreusement de dire, c’est que les chiffres avancés ne reflètent que les données liées aux membres de la Publishers Association. En somme, des données incomplètes. Inutile de rappeler que l’autopublication poussée par Amazon sur les marchés anglo-saxons représente un enjeu commercial d’envergure. 

 

Les médias voient rarement plus loin que le bout des données Nielsen communiquées par la PA — et concluent avec gourmandise que le livre papier a de beaux jours. C’est une évidence : les données fournies reflètent une partie de la réalité, mais il ne faudrait pas omettre qu’en janvier 2011, Amazon avait affirmé pour la première fois que les ventes d’ebooks avaient dépassé celles de livre de poche. Et c’était avant que l’autopublication n’explose véritablement…
 

La luminosité des tablettes provoque des perturbations du sommeil 


Ensuite, les modifications contractuelles apportées par les éditeurs, ayant conduit à la hausse du prix de vente des livres numériques, toujours sur les territoires du Commonwealth dans son ensemble ont repoussé les lecteurs.

Quand l’ebook était le format le moins cher, il était alors évident qu’avec des catalogues importants, il allait convaincre les lecteurs et consommateurs. Maintenant que son tarif a été revu à la hausse, ces derniers ne sont pas idiots, et préfèrent évidemment trouver l’option de lecture la plus intéressante, financièrement.

 

Parce que la taille ne compte peut-être pas, mais le prix de vente, oui. Sauf que ce n’est pas vraiment le message que les autorités du livre ont envie de véhiculer – les implications ne sont pas terribles.