La lecture numérique, le jour du Shabbat, fameuse difficulté

Clément Solym - 02.05.2012

Lecture numérique - Usages - Shabbat - lecture numérique - tablettes


L'introduction d'appareils numériques dépendants de l'électricité a modifié l'approche que les autorités religieuses juives pouvaient avoir de cette fameuse journée du Shabbat. Cette période de repos qui débute le vendredi soir, s'étend jusqu'à la fin du samedi - soit près de 25 heures de repos. Concrètement, les activités du quotidien sont interdites - excepté s'il faut intervenir pour sauver une vie. 

 

La lecture, cet horrible danger, est au cours de ces dernières années, devenue numérique. L'utilisation de lecteurs ebook et de tablettes, appareils éminemment électriques accompagne une transition vers d'autres textes, ou d'autres accès aux textes. En la matière, le Talmud, qui définit les règles à suivre pour la période de Shabbat, autorise la lecture, l'étude et les discussions autour de la Torah. Mais qu'en est-il de la lecture numérique de la Torah ?

 

Ordinateurs, smartphones et mobiles ou autres appareils électriques sont interdits et nombre de juifs ne les utilisent pas. Jusqu'à ce que les fameuses trois étoiles qui apparaissent dans la nuit du samedi marquent la fin de cette période. Il est compliqué d'appliquer les règles du Talmud à cette question de la lecture numérique sachant qu'elle marque typiquement ce qui ne doit pas être fait - le fameux verbe rendu par 'démolir', catégorie dans laquelle entre l'électricité. 

 

 

 

En parallèle, les rabbins considèrent que le fait de tourner les pages sur un appareil de lecture numérique 'efface' les lettres, un autre problème. Ajoutons que le fait de l'écriture est également proscrit durant cette période, pour rendre la question plus délicate encore. 

 

The Atlantic rapport plusieurs expériences et réflexions d'autorités religieuses sur ces différents éléments.

 

La question des nouvelles technologies ne fait d'ailleurs que revenir avec les lecteurs ebook et les tablettes. Du temps des premiers téléphones portables, il fallait déjà trouver une approche rationnelle et respectueuse des règles. L'une des approches, pour l'électricité (avec la difficulté de ne pas allumer et éteindre) reste le recours à un minuteur. Mais pour pratique qu'elle soit, la solution ne convainc pas tout le monde. 

 

L'approche d'un rabbin orthodoxe est de considérer que la lecture sur un Kindle n'est pas absolument nécessaire durant le jour de Shabbat, aussi peut-on s'en abstenir. Ne poussons pas le paradoxe jusqu'à demander ce qu'il adviendrait du pratiquant qui aurait décidé de télécharger l'intégrale de la Torah sur son Kindle pour en profiter durant le métro… 

 

Le rabbin Daniel Nevvins, doyen de l'école rabbinique du Conservative Movement's Jewish Theological Seminary explique que « le problème avec les expériences virtuelles, c'est qu'elle détournent notre attention de l'environnement local et brisent toutes les limites d'espace et de temps. Shabbat concerne le renforcement des frontières de l'espace et du temps, afin que nous puissions en retirer une expérience spécifique ».

 

Mais tout le monde ne s'accorde pas : si la technologie de lecture numérique peut contribuer à aider dans la sanctification de ce représente le Shabbat, elle peut servir. C'est après tout le fait de la communauté orthodoxe que de considérer l'usage de l'électricité comme un interdit. 

 

Éviter la technologie, ou ne pas l'éviter, quand cette dernière est un outil de lecture, difficile de trancher. Le rabbin Jeffrey Fox, orthodoxe moderne directeur du Yeshivat Maharat, une institution de Riverdale (New York) explique : « Il existe une vraie valeur supplémentaire à embrasser les outils technologiques. Il s'agit simplement de savoir quand l'éteindre. »