La notion de confiance, pilier bancal du financement participatif

Julien Helmlinger - 07.04.2014

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Le crowdfunding a le vent en poupe, pour ce qu'il apporte d'opportunités à certains projets de niche qui n'auraient pu voir le jour autrement. Mais les plateformes de financement participatif posent toujours une question de fiabilité. Notamment lorsque l'une d'elle permet à des chercheurs scandinaves de récolter des milliers de dollars, en vendant aux plus crédules le rêve d'un casque destiné à traduire de manière vocale les pensées de leur animal de compagnie. La viabilité des projets est-elle vérifiée ? Les investissements sont-ils protégés ? Face à la menace de l'arnaque, le site Indiegogo préfère renoncer à sa garantie anti-fraude.

 

 

CC by 2.0 par Lendingmemo 

 

 

Revirement sur la plateforme Indiegogo, qui considère la notion de « confiance » comme l'un des trois piliers fondamentaux de l'amélioration de l'expérience de ses usagers. Une intention louable, mais encore faut-il être en mesure de pouvoir justifier cette confiance. Tandis que le site promettait jusqu'à lors de déceler tous les cas de fraude parmi les projets qu'il héberge, celui-ci a changé la clause au cours d'une nuit de la semaine dernière.

 

On protège ses propres arrières en premier lieu, en attendant une éventuelle optimisation de la fiabilité du service ? Désormais la plateforme précise simplement que toutes les demandes et contributions passent par un examen visant à déceler une éventuelle fraude. En revanche, aucune mention ne nous rassure plus sur le fait que cet examen serait d'une fiabilité à toute épreuve, et pour cause.

 

Ce mouvement aurait été provoqué par des remous autour de la campagne Healbe GoBe, un appareil portable qui prétend mesurer automatiquement apport calorique, niveau d'hydratation, et autre niveau de stress de ses usagers. Les spécialistes sont sceptiques quant au projet, mais cela ne l'aura pas empêché de récolter près d'un million de dollars de fonds en crowdfunding. Sans compter avec le fait que la société derrière le projet, prétendument basée à San Francisco, se trouve exploitée depuis Moscou.

 

D'un point de vue juridique, la responsabilité de s'assurer qu'un projet présenté n'est pas frauduleux ou illégal incomberait donc aux bailleurs de fonds. La plateforme Kickstarter est plus claire sur ce point, ses conditions d'usage stipulant que « la société ne peut garantir l'authenticité de toutes les données ou informations que les utilisateurs fournissent eux-mêmes ou via leurs campagnes et projets », ni même l'identité des usagers avec lesquels on serait amené à interagir sur le site. Elle ne garantit donc pas que le projet sera mené à son terme ou que les contributions seront utilisées comme promis.

 

Si les plateformes de crowdfunding servent d'intermédiaire visant à mettre en relation des fondateurs de projets et leurs financeurs potentiels, mais qu'au final elles déclinent toute responsabilité juridique, le plus grand risque de la pratique résiderait donc dans le faux sentiment de sécurité qu'elles inspirent. Tout bailleur de fonds doit en conséquence bien vérifier où il place ses billes. Quand d'autre part, il est important de s'assurer aussi que la plateforme mise à profit garantisse que les fonds ne soient pas versés avant qu'un projet soit assuré d'être mené à son terme. Ce qui est le cas chez Kickstarter.