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Le piratage sans effet sur les ventes : l'étude enterrée, car gênante pour l'Europe ?

Clément Solym - 21.09.2017

Lecture numérique - Législation - ayants droit piratage - commission européenne piratage - ventes légales piratage


Une eurodéputée du Parti Pirate à la Commission européenne, ça a du bon : Julia Reda vient en effet de diffuser un rapport remis en mai 2015, mais qui n’avait manifestement jamais été publié. La société néerlandaise Ecorys avait été mandatée – à la hauteur de 360.000 € – pour le rédiger... en janvier 2014. Son objet ? Les liens entre contrefaçon et ventes légales...

 

Pirater un livre papier
piratage de livre ? ActuaLitté, CC BY SA 2.0
 

 

« L’atteinte aux droits d’auteur affecte-t-elle négativement les ventes légales, c’est une question fondamentale avec de profondes implications sur la manière dont la politique sur le droit d’auteur et son application devraient fonctionner », souligne tout de go l’eurodéputée. 

 

Sauf que l’étude menée par Ecorys n’a pas vraiment connu une incroyable célébrité. Sa conclusion aurait-elle gêné les autorités européennes ? C’est qu’elle ne va pas vraiment dans le sens des ayants droit ou les industries culturelles : en effet, à l’exception des blockbusters, aucune preuve ne vient confirmer que le partage sur internet impacterait les ventes. 

 

Dernièrement, une étude menée par des scientifiques de l’université de Varsovie était arrivée à des conclusions similaires. Selon eux, opérer un retrait méthodique des ebooks proposés sur des sites pirates ne changerait rien aux ventes. Avec un bémol apporté par les chercheurs : leur panel était probablement trop mince pour que les conclusions soient définitives.

 

L’étude demandée par la Commission européenne fait d’ailleurs la part belle, dans son ensemble, aux livres numériques. Mais ses conclusions restent implacables : le taux d’erreur des analyses – l’impact de l’offre pirate sur les ventes – est tellement élevé qu’il est impossible de définir un réel effet de l’un sur l’autre. 

 

Dans l’ensemble, livre mis à part donc, l’étude campe fermement sur son idée qu’un piratage n’équivaut pas à une vente perdue du tout. Or, c’est bien sur cette idée que repose toute la politique du droit d’auteur : tout partage a des conséquences directes et négatives sur les revenus des ayants droit. 

 

L’étude aura bel et bien été enterrée durant plus de deux ans, et n’aurait jamais vu le jour si l’eurodéputée n’avait pas formulé une demande d’accès aux documents. Question : pourquoi, quand les données ne vont pas dans le sens du discours que les industries culturelles attendent, sont-elles escamotées, peste Julia Reda ?

 

L’étude est disponible ci-dessous...