Libraire et ebook : Arrêtons de dévaloriser la lecture numérique

Clément Solym - 19.03.2011

Lecture numérique - Acteurs numériques - libraires - numérique - ebook


Vivre avec son temps... c'est le message passé hier durant la conférence réunissant autour de la table différentes personnes en relation directe ou moins, avec la librairie. Au menu, Florent Argentier, directeur marketing de DirectGroup France, Jérôme Dayre, co-directeur de la librairie Atout-Livre, coordinateur numérique réseau Librest, Gilles de La Porte, président de 1001libraires.com, Vincent Marty, directeur général de Dilicom, Marie-Pierre Sangouard, directrice du Livre à la FNAC, Denis Zwirn, PDG de Numilog.

« Vivre à notre époque », c'est en ces termes que Jérôme Dayre ouvre la conférence. Avec l'usage intensif d'internet, les clients fidèles d'une librairie et les points de vente physique ne sont plus des atouts majeurs. La présence sur le net est essentielle, mais les coûts de création d'un site élevé. De là l'origine du regroupement de libraires de l'est parisien, sous l'appellation Librest.

Pour Fnac, c'est la notion de service qui prime. Commander en ligne, c'est bien, mais pouvoir obtenir son livre ensuite en magasin est tout aussi important. « On a besoin de parler à quelqu'un », explique Mme Sangouard. Et Florent Argentier d'expliquer que dans le cas de la commande, le délai devient problématique, à l'exception des ouvrages anciens et rares, où le consommateur accepte de patienter.


De quoi introduire facilement la relation au livre numérique et son immédiateté d'achat. Certes en France, la proportion d'ebooks disponible augmente, mais pour Sangouard, « en France, on a un catalogue ridicule ». Petite nuance apportée par Denis Zwirn : « Nous ne sommes pas au paléolithique, ce serait péjoratif de dire cela. » Et de souligner que les éditeurs numérisent depuis deux ou trois ans maintenant, de manière à ce que le livre papier et le numérique puissent aujourd'hui sortir simultanément, sans peine. Une solution qui le rend d'ailleurs particulièrement optimiste.

Changer de rôle et de fonction

Certes, mais quid alors du métier même de libraire ? Le rôle est en plein changement. D'abord, parce que la prescription de livre s'accompagne de la recommandation d'un appareil de lecture. De là le choix de Fnac ou Chapitre de proposer directement un appareil lié à l'ebookstore. Mais si le livre ne nécessite pas de mode d'emploi, l'achat et l'utilisation d'un ebook sont plus complexes. Ce changement de fonction implique une coopération : le consommateur reviendra toujours vers le libraire qui lui a recommandé un lecteur ebook, parce qu'il lui a vendu. Et en cas de problème, c'est vers le libraire que l'on se tournera. « L'un des enjeux essentiels, c'est d'être à même de propose au lecteur de lire son ebook sur la machine de son choix », explique Denis Zwirn.

Côté Fnac, on souligne que le livre numérique, pour les opérateurs googamap mais également pour ceux de la téléphonie, ne représente qu'un contenu et un service destiné à attirer le client. Il n'y a pas plus d'intérêt que pour la musique : c'est une offre dans un bouquet. À ce titre, plusieurs risques se profilent : les tarifs élevés, les DRM... « Les éditeurs qui ont fait le choix de marqueurs et non de DRM sur les ebooks ont de bien meilleurs chiffres de vente. » Et si l'on continue sur la même pente, le consommateur ira vers le piratage pour contourner une offre peu attractive. Et se tourner vers les gros qui arrivent, angoisse de tout un chacun...

Inquiétudes et préjugés

Deux idées ressortent : d'abord l'inquiétude face à cette dématérialisation, ensuite, qui en découle, la place accordée au consommateur dans l'ensemble des réflexions. L'idée serait de régler les conflits actuels et autres mesquineries qui freinent le marché, pour justement se regrouper et faire cause commune contre Googamap...

Mais le livre numérique ? Librest attendrait plutôt le livre de demain, celui qui sera un livre plus. Fnac rappelle que l'iPad n'est pas un outil de lecture en priorité, ce n'est que la troisième activité pratiquée. Cependant, quand le FnacBook a été lancé, le site a assisté à une multiplication par quatre des téléchargements. Livre enrichi, pourquoi pas ?

Le mot de la fin reviendra à l'envolée lyrique de Denis Zwirn. « Arrêtons de dire qu'il n'y a rien de tel que le livre papier. Les acteurs du numérique ne pensent pas une seconde à dévaloriser le livre papier. Mais dans ce cas, ne dévalorisons pas les oeuvres homothétiques, ni la lecture numérique. » En somme, donnons à chacun la possibilité de lire sur le format qu'il souhaite...