Making of exclusif Fnac : Sylvie Dazy, Métamorphose d'un crabe

La rédaction - 30.09.2016

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Dans le cadre de l’opération Making-of Exclusif, menée par Fnac, ActuaLitté propose de découvrir l’un des extraits commentés par l’auteur dans une sélection de 10 romans. Aujourd’hui, Métamorphose d'un crabe de Sylvie Dazy, publié par les Éditions Le Dilettante.

 

 

Pour cette rentrée, Fnac a proposé à 10 auteurs de réaliser le making-of de leur roman. Ces textes sont réunis dans un ficher EPUB, enrichi de photos, illustrations et des commentaires. On peut télécharger gratuitement sur cette page la totalité de ces bonus exclusifs, ainsi que des versions numériques ou papier des ouvrages.

 

 

 

 

Résumé

 

Autant prévenir, avec Métamorphose d’un crabe pas de vue sur la mer, de bar terrasse et d’ensoleillement record : on y vit gris, ça gagne petit, à la rude, sans trop d’air et avec nul sourire. Ce que nous dévoile, au fil de ce monologue fiévreux, de cette confession rêche, Sylvie Dazy, c’est la prison au quotidien, la vie et rien d’autre d’un fonctionnaire de la pénitentiaire. Les plaisirs et les jours d’un maton lambda, mais qui médite l’écriture d’un « grand livre sur la prison ». Notre homme s’appelle Christo, un gars du Nord, nanti d’une absurde licence d’anglais, poussé à l’ombre de la prison de Bapaume et qui, loin du café familial, « lève l’ancre pour une exotique nature » à savoir le monde de la tôle. Car là, sans doute avec son goût de l’écoute et de son oeil d’ethnologue, il pense assouvir son goût d’un ailleurs périlleux, d’une aventure en temps réel : « Du danger parfois, du risque, des armes. De la solidarité entre hommes aussi, et de la joie, les surveillants aimaient rire fort. Le matin serait une aventure. » Mais si l’aventure est là, elle prend surtout l’allure d’une ronde sans fin, rythmée par le choc des talons et le cliquetis des clés, le grondement des roulantes et les alertes soudaines : suicide, feu, émeute, une vie de déambulations dans un sempiternel corridor ponctué de remontrances, de promotions et de mutations. Ensuite viennent les hommes, surveillants et surveillés, balances et demi-chefs, faux potes et vrais dingues. « La prison est une drôle d’école, on y travaille autant à la louche qu’au pinceau délicat,c’est ce que personne ne veut comprendre. »

 

Séquence 1 : Extrait

 

« Division 2. Des cellules sortent des taurillons ; sur le poil dru un T.Shirt moule un poitrail travaillé exagérément dans la salle de sport de l'étage. Sur les murs, les femmes sont des putes et les hommes des athlètes. Collées au calendrier, les photos des enfants, petits animaux blottis. Ils affichent pourtant un éclat rare. Mais le miracle ne déborde pas, et juste à côté, l'image d'un cul de femme offert ne semble incongrue à personne. »

 

J’écris généralement dans des cafés lumineux et sympas de mon quartier Les Epinettes. Ici, c’est au Festiv’ rue Guy Môquet. J’ai longtemps professé ma détestation de l’écriture sur ordinateur, jusqu’au jour où, ayant oublié stylo et papier, j’ai été obligée de taper directement. Révélation…

 

 

MAKING-OF

 

Ce que je trouvais frappant dans les cellules, c'est la coexistence de plusieurs mondes radicalement opposés. Certains détenus couvrent les murs de ce qu'ils peuvent pour tenter désespérément de se sentir chez eux : les photos de leur femme et des petits enfants, leurs dessins naïfs, mais comme il faut aussi afficher sa virilité, on met à côté, ou pas loin, des images porno. J'ai vu un homme accusé de plusieurs meurtres écrire des milliers de poèmes et les afficher, reliés par des dessins de petites fleurs. Il avait insisté pour que j'en lise quelques uns, très fier ; j'ai le souvenir personnel d'une cacophonie mentale car lors de l'entretien précédent il avait revendiqué avec bonhomie ses actes et je lisais là des phrases d'une grande mièvrerie.

 

Mais la prison c'est cela : l'atroce, et la beauté des sentiments, parfois en même temps.

 

La complexité de la prison, je voulais la rendre dans mon roman, car je ne la trouvais nulle part, ni dans les romans, ni dans les films, où elle est d'ailleurs peu représentée (en France particulièrement, pas aux USA où il me semble qu' il y a une certaine tradition des films de prison). Les caricatures sont nombreuses : le détenu est soit une victime, soit un sale type parfois très séduisant. Le surveillant est lui, la plupart du temps, un individu peu reluisant.

 

Quand on parle de prison, de délinquance, on est tout de suite dans la morale, on le comprend d'ailleurs, mais je voulais à tout prix éviter cela.

 

Retrouver un extrait de Métamorphose d'un crabe de Sylvie Dazy  

 

On tombe aussi souvent dans la fascination, le revers de l'idée précédente. Je pense que le métier de surveillant est difficile : il présente une part de danger physique, mais je ne suis pas sûre que ce soit l'essentiel. Les délinquants du milieu sont appelés de « beaux voyous », et il y a pour les professionnels, flics ou surveillants, une certaine fierté à les côtoyer ; ils s'exposent ainsi à certains risques. Peu de ces derniers le reconnaissent, mais selon moi ces « beaux voyous » représentent pour nous tous l'abolition des interdits, une vie dictée par sa propre jouissance. Cette imagerie fonctionne bien au cinéma, et peu importe au final la réalité : une vie de violence, de trahison, d'enfermement, de séparation.