La gratuité d'accès et le paiement après lecture : le livre entre marteau et enclume

Clément Solym - 25.09.2015

Lecture numérique - Acteurs numériques - marteau livre - enclume lecture - téléchargement ebooks économie


La plateforme polonaise OpenBooks.com repose sur la bonne volonté, littéralement, de ses clients. Le site propose en effet de télécharger gratuitement des titres et de payer après la lecture. Un moyen d’exprimer son plaisir ou son mécontentement avec son porte-monnaie. Un modèle économique viable ?

 

 

 

Le principe du freebies, de la gratuité comme outil marketing pour gagner en visibilité est une vieille recette, et pas simplement dans l’édition. Avec la dématérialisation, il est encore plus simple pour un éditeur de proposer la lecture de ses ouvrages pour attirer le lecteur. Mais qu’en sera-t-il de la rémunération des auteurs ? Et OpenBooks.com provoque évidemment des tensions compréhensibles.

 

D’un côté, les tenants de la rémunération pour les auteurs : il n’y a pas de travail sans salaire, et les écrivains qui acceptent de jouer ce jeu ne seraient, ni plus ni moins que des traîtres. En face, on rétorque que la gratuité est justement une solution permettant de susciter plus aisément l’envie – le lecteur n’aurait probablement pas accordé d’intérêt pour l’ouvrage sans l’opération. Et puis, il faudra un jour l’admettre : cinq cents téléchargements gratuits ne représentent pas cinq cents ventes perdues. 

 

La gratuité rime avec l’absence de valeur dans l’esprit de certains. Avec des millions de livres disponibles, se faire remarquer par cette approche pourrait ainsi avoir un effet inverse à celui recherché. Ou non : offrir un premier exemplaire, pour intéresser à l’ensemble d’une série, ne laisse rien supposer sur la qualité globale.

 

Alors cette solution de règlement, a posteriori, qu’apporte-t-elle ? Il s’agirait de répondre à des problématiques modernes. Un lecteur qui pirate un livre, et souhaiterait faire un don à l’auteur, sans passer par l’éditeur, pourrait alors profiter de cet outil. Soutenir l’auteur, après la lecture, c’est aller à l’encontre de toute logique marchande, mais bien évidemment, accorder une place de choix au client.

 

OpenBooks.com prélève le traditionnel 30 % de commission sur les ventes, ses ebooks sont sans DRM, et manifestement les clients sont satisfaits. Or, cette méthode implique avant tout une certaine confiance en l’être humain, souligne Christopher Jackson-Ash : accepter l’accord passé d’une rémunération laissée totalement libre.

 

Michal Kiciński, fondateur de la plateforme, tente à sa manière de modifier les comportements, en répondant à des pratiques soit de téléchargement pirate, soit de nouveaux modèles de commercialisation. « Je crois simplement que si les gens sont libres, ils peuvent devenir responsables. Tout comme les enfants deviennent indépendants si on les laisse essayer et expérimenter les choses par eux-mêmes. » (via Publishing Perspectives)

 

Et en matière de livre numérique, nul doute que l’on est encore à l’enfance de l’art...