Procès Apple : les emails de Steve Jobs appelés à la barre

Nicolas Gary - 18.06.2013

Lecture numérique - Législation - fixation des prix - emails - Steve Jobs


Au cours de la neuvième journée de procès, ce 17 juin, c'est autour de Steve Jobs que la journée s'est articulée. Le tribunal fédéral a exhumé des emails du grand patron d'Apple, adressé au vice-président Eddy Cue, et qui balayent les négociations avec les éditeurs. Entre fin 2009 et début 2010, ces emails n'ont pas tous été envoyés, mais pour les avocats du gouvernement, ils démontrent le rôle de leader d'Apple, dans l'entente avec les éditeurs - qui a abouti à une fixation trop élevée des ebooks.

 

 

 

 

Au cours du procès, tous les intervenants venus de chez Apple ont répondu la même chose : la firme ne se préoccupait en aucune manière de ce que pouvait bien faire Amazon avec les éditeurs. Son seul intérêt était de pouvoir entrer dans le marché du livre numérique, sans perdre d'argent. Mais voilà : le tribunal est resté bloqué sur un email où Jobs fait état du contrat d'agence, et de la clause de Nation la Plus Favorisée. Celle-ci impliquait qu'en cas de remise pratiquée par un concurrent, Apple pourrait s'aligner sur le prix de vente. 

 

« Cela me convient, tant qu'ils [les éditeurs] entraînent Amazon sur le terrain du contrat d'agence, pour les nouveautés qui sortiront cette année. S'ils ne le font pas, je ne suis pas certain que nous puissions être compétitifs », écrivait Jobs dans ce mail. Et selon la lecture qu'en fait le ministère de la Justice, les différents courriels semblent indiquer une certaine confusion dans l'esprit de Jobs, sur la question de cette clause NPF, et la manière dont elle avait été mise en place. « Steve n'aurait jamais envoyé un email s'il n'était pas sûr de son sujet », proteste Eddy Cue.

 

Surtout, Cue assure n'avoir jamais reçu cet email, pas plus que les trois autres versions que Jobs a pu rédiger. Finalement, cette preuve irréfutable par le DoJ, il semble que le procès ait définitivement pris une tournure favorable à Apple. Pour les avocats de la firme, ce courriel était un simple projet que Jobs n'a jamais envoyé. Dans une autre version de l'email, Jobs écrit : « Cela me convient, tant qu'ils [les éditeurs] sont également d'accord sur les autres choses dont vous m'avez parlé : le prix de détail pour n'importe quel livre sera le PLUS BAS applicable sur iTunes OU le plus bas de tout prix qu'ils proposent pour n'importe qui d'autre, notre prix de gros étant de 70 %. »

 

 

« Dès lors que Steve eut décidé de monter sa librairie numérique,

il est devenu de plus en plus enthousiaste. » (Eddy Cue)

 

 

Mais Denise Cote, la juge convaincue par avance de la culpabilité d'Apple, a une autre interprétation. « Il y a une certaine inquiétude chez Apple, quant à la rentabilité de 9,99 $, même avec la commission supplémentaire de 30 %. » Un bon moyen de comprendre à quel point Amazon peut être impliqué dans ce procès, et combien sa politique tarifaire est entrée dans les esprits comme une référence. Cue riposte une fois encore : aucun risque qu'Apple ait eu des doutes sur la rentabilité, justement, parce que son modèle était réfléchi, et ne reposait pas sur un dumping, façon Amazon, mais une volonté claire de gagner de l'argent. 

 

Et surtout, si dans les premiers temps, Jobs n'était pas particulièrement enthousiaste à l'idée d'ouvrir un ebookstore, une fois que Cue l'a convaincu, ce fut l'euphorie. « Dès lors que Steve eut décidé de monter sa librairie numérique, il est devenu de plus en plus enthousiaste. » Et juste avant la présentation faite au cours de la Keynote qui introduisait l'iPad, Cue se souvient que Jobs était « gonflé à bloc ». Son implication a été toute particulière dans la fabrication de la librairie et de l'application de lecture, l'iBookstore et iBooks.

 

Par exemple, c'est lui qui a tenu à ce que l'on puisse tourner virtuellement des pages durant la lecture (pas vraiment sa meilleure idée, toutefois), de même qu'il a conçu toute la bibliothèque, jusque dans ces planches imitant le bois, pour donner le sentiment de véritables étagères. Et le lancement de l'iBookstore ne pouvait se faire qu'avec une grande réalisation, en l'occurrence, ce fut la version couleur et interactive de Winnie l'ourson - nous y reviendrons. 

 

Revenant sur cette question d'entente, Cue dément, de même qu'il dément l'idée qu'Apple se soit inquiété de devenir moins compétitif qu'Amazon, en cas de non-adoption du contrat d'agence. « Il n'y a aucune chance. C'est ce que je faisais de ma vie. J'ai fait cela jour et nuit... » Et si Jobs était confus sur le sujet, c'est que la chose n'était simplement pas claire dans son esprit. « Moi, je voulais que le prix soit raccord avec celui d'Amazon, ou de n'importe quel autre concurrent d'ailleurs. »