Quand Amazon fait du recel de contrefaçons littéraires

Clément Solym - 20.04.2012

Lecture numérique - Acteurs numériques - Amazon - contrefaçons - arnaque


Il n'y a pas de postes de douane sur Amazon : une aubaine pour les contrefaçons en tout genre, qui fleurissent sur la librairie en ligne. Sauf que, comme de mauvais sacs Vuitton qui craquent de toutes parts en plus d'être laids, les copies s'avèrent souvent décevantes. Et sont la plupart du temps créés avec un outil fourni par Amazon lui-même, CreateSpace. 

 

Pensez à votre maman : peut-être est-elle intéressée par le succès surprise Fifty Shades of Grey (voir notre actualitté) au point de le commander sur Amazon. Pourtant anglophone avertie, elle tombe dans le panneau et se paye Thirty-Five Shades of Grey. Le compte n'y est pas, et le bouquin est écrit par J.D. Lyte, et non E.L. James. Profiter ainsi de votre pauvre génitrice... Le monde est cruel.

 

 

 

Mais que fait la police ? Ou plutôt, que fait Amazon, lui si prompt à purger son catalogue quand la situation l'exige ? (voir notre actualitté) Un porte-parole du site de e-commerce a signalé au magazine Fortune qu'Amazon chassait inlassablement les titres qui « ne servaient pas l'expérience du lecteur », en précisant bien que l'équipe entendait « perfectionner son approche » de la modération.

 

Un petit problème de crédibilité émerge toutefois lorsque l'on apprend que toutes ces contrefaçons éhontées, écrites avec un oeil sur l'original, ont été générées à l'aide de l'outil CreateSpace. Un site tiers qui permet de mettre au point et en page son oeuvre, et que détient Amazon en personne lui-même (il suffit d'ailleurs de jeter un coup d'oeil au site pour y déceler son esthétique).

 

Le grand gagnant des ventes du site de e-commerce lui-même, le livre de chevet de tout néolibéral qui se respecte, le Steve Jobs de Walter Isaacson, a été victime d'une supercherie analogue. Amazon a en effet proposé pendant plusieurs semaines un Steve Jobs de... Isaac Worthington. « C'est l'équivalent littéraire du spam, [...] une horreur pour le consommateur, une horreur pour l'industrie du livre » déclare Eric Rayman, un ancien avocat de Simon & Schuster, l'éditeur de Steve Jobs, l'original.

 

De plus, le fleuve de contrefaçons qui coule à Amazon comme un abcès pourrait facilement être détourné, comme le souligne Mark Coker, le créateur de Smashwords, une plateforme sensiblement similaire à CreateSpace. Les copies, si elles sont fréquentes, ne sont généralement pas bien subtiles et sont aisément identifiables : les titres rejetés par Smashwords se retrouvent toutefois souvent sur... Amazon.

 

« Je suis surpris qu'Amazon laisse passer ce genre de titres. Ceux qui les ont créés cherchent de toute évidence à flouer le consommateur » souligne Coker. Peut-être les copies se vendent-elles aussi bien que les originaux, après tout.