Quand l'édition américaine s'attaque à Wikipedia, vil site de pirates

Clément Solym - 15.04.2016

Lecture numérique - Législation - éditeur littérature - Harry Potter - jeunesse piratage


Les demandes de retrait de contenus formulées auprès de Google par les ayants droit virent parfois au n’importe quoi. Une récente analyse démontrait que près d’un tiers d’entre elles sont sinon injustifiées, du moins contestables. Parfois, elles sont tout bonnement ridicules, parce que dans la perspective de défendre le droit d’auteur, on peut se retrouver à faire le jeu de la paranoïa.

 

Wikipedia 10

Jay Walsh, CC BY SA 2.0

 

 

Donc, Pottermore fait des siennes : la plateforme chargée de commercialiser tout ce qui relève des productions de JK Rowling, en numérique, a lancé des rafales de demandes de retrait de contenus. En vertu du Digital Millenium Copyright Act, la loi antipiratage, Google se retrouve donc avec plusieurs demandes de takedown pour faire respecter les droits de la romancière.

 

D'une manière générale, les ayants droit américains font pression pour que le DMCA soit plus efficace. Dans l’idée, il s’agirait de faire en sorte que les contenus piratés soient retirés du net, et ne rejaillissent jamais. Vœu pieux, mais certainement irréalisable.

 

On se souviendra que le groupe Editis avait lui-même frisé le ridicule, en formulant des demandes de retrait à l’encontre d’œuvres entrées dans le domaine public. Cependant, les motifs d’inquiétude demeurent :

 

« Aujourd’hui, Google semble ne pas obéir aveuglément aux demandes, mais qu’en sera-t-il, demain, si le DMCA change, si la loi américaine est modifiée ? Aujourd’hui Google fait la loi, les États-Unis font la loi. Et si la politique commerciale change, alors notre site ne sera plus aussi facile à trouver. Pour nous, cela ne change pas grand-chose, puisqu’on fait cela gratuitement... Mais dépendre des intérêts économiques d’une société privée, cela induit qu’on subira les conséquences d’un intérêt nouveau... », expliquait le responsable du site Ebooks Libres et Gratuits.

 

Tout doit disparaître !

 

Fort heureusement, donc, Google n’obéit pas au doigt et à l’œil de ces injonctions de retrait, parce que celles qu’a formulées Pottermore auraient mal tourné. Le 8 mars dernier, la société se plaint en effet que plusieurs sites versent dans la contrefaçon, notamment concernant l’œuvre Harry Potter et l'Ordre du phénix. Sauf que les liens dénoncés par l’entreprise n’étaient autres que des références Wikipédia. Le 1er avril, sans plaisanter, Pottermore refait la même. Et toujours en signalant Wikipédia.

 

L’encyclopédie collaborative est connue pour la dynamique de ses administrateurs : quand bien même un contenu pirate viendrait à se retrouver sur leur site, il sera évacué très rapidement. Or, les demandes de Pottermore portaient en plus sur des contenus tout à fait légaux. Google a bien entendu refusé de supprimer les pages en questions, et a dû sourire en constatant que les demandes portant contre des liens Wikipédia étaient en réalité légion.

 

HarperCollins, via la société Digimarc mandatée pour faire ces demandes de suppression de contenus, a également tenté de faire disparaître plusieurs pages de l’encyclopédie. Le groupe Simon & Schuster s’est également trouvé dans la même situation, plus étrangement encore. C’est la page consacrée à l’une de ses auteurs, Janice Galloway, que l’éditeur a tenté de supprimer.

 

 

 

 

 

Même son de cloche pour Reed Elsevier, qui a demandé la suppression de la page concernant Mega, le site d’hébergement de fichiers associés à Kim Dotcom. Ou encore pour Random House, qui a demandé que les liens vers les livres de Gore Vidal, l’un des auteurs maison, soient supprimés de Wikipédia. Le pauvre doit se retourner dans sa tombe...

 

La liste est non exhaustive, et pour qui veut rigoler, les demandes abusives du même acabit sont disponibles ici.

 

(via Torrent Freak)