Révolution numérique ? L'édition 'continue de vivre sous l'Ancien Régime'

Clément Solym - 09.02.2012

Lecture numérique - Usages - prix - livres numériques - politique


C'est une honte. Ou presque. Aujourd'hui, les auteurs se rendraient plus et mieux compte de l'essor du livre numérique que leurs éditeurs ? La situation est un rien cocasse, comme nous le raconte Pierre Lemaitre, ancien auteur de la maison Calmann-Lévy, chez qui il a publié deux ouvrages.

 

Deux livres brochés, dont Robe de marié, qui étaient en leur temps publiés simultanément en version papier et en version numérique. Avec un petit regret, au passage : seuls quelques euros de différence entre le format numérique et la version imprimée. « Évidemment, explique l'auteur, je ne suis pas économiste, mais il me paraît difficile de croire qu'une version numérique vaut presque aussi cher que la version papier. Et surtout, qu'à un tel tarif, elle puisse s'avérer attractive pour les lecteurs. Une véritable décote serait évidemment plus intéressante, mais enfin... »

 

Non, ce qui gêne surtout l'auteur, c'est de constater qu'après la parution en version poche de ses livres, le prix en version numérique, lui, n'a pas bougé. Robe de marié, aujourd'hui proposé pour 6,50 € en format poche est disponible au téléchargement... à 12,99 €. Cherchez l'erreur... « Comment se fait-il que l'on conserve la tarification numérique qui fut celle de la sortie en janvier 2009, alors que le poche est deux fois moins cher ? J'ai demandé à mon ancien éditeur, et l'on m'a expliqué - chose dont j'étais loin de me douter - qu'il s'agissait d'une politique de boycottage consciente et revendiquée »

 

 

 

Et de se voir répondre : « La politique de Calmann-Lévy n'est d'ailleurs pas unique en son genre. Bon nombre d'éditeurs hésitent à prendre des mesures qui risqueraient de fragiliser un marché du livre déjà chahuté par la crise. »

 

En clair, conservons un tarif rendant l'achat numérique totalement dissuasif… 

 

C'est que depuis les fêtes de fin d'année, Pierre Lemaitre s'est laissé conquérir par un lecteur ebook, venu du Canada. Et lui-même s'amuse du confort de l'appareil, même s'il lui trouve un look un peu « minitel des années 80 ».

 

"La Révolution numérique est en route et ils continuent de vivre sous l'Ancien Régime."

 

Reste que si le confort d'utilisation est bien là, les œuvres, elles, n'y sont pas. « Les éditeurs qui s'arcboutent contre la version numérique répondent qu'aujourd'hui, cela ne représente que 1 % des ventes. Mais il y a eu un temps aussi où la voiture ne représentait qu'un pour cent des transports face au cheval de trait… La Révolution numérique est en route et ils continuent de vivre sous l'Ancien Régime. »

 

Et de pointer l'attitude bien plus constructive d'autres éditeurs : un titre de Vargas Llosa, par exemple, publié chez Gallimard qui, lors de son passage en poche, a été fixé au même prix en numérique qu'en papier. En effet, on peut trouver, après les remises adéquates de 5 %, le livre La fête au bouc de Vargas Llosa proposé en poche pour 8,93 € - après remises, et 8,99 € en version numérique. Fait assez rare, et même amusant, puisque le poche est en fait commercialisé à 9,40 €…

 

Pas vraiment une révolution, mais déjà une politique plus recherchée - bien loin de l'attitude de son ancien éditeur « Proposer une version numérique deux fois plus chère que le livre en format de poche est quasiment un encouragement au piratage, dit Pierre Lemaitre. Refuser de vendre un livre numérique à 6,50 euros pour éviter de perdre la vente d'un livre de poche à… 6,50 euros, relève d'une curieuse logique. On est même un peu surpris qu'un important éditeur du groupe Hachette puisse tenir de pareils propos. »

 

Du côté de l'auteur, l'inquiétude se comprend : il suffit qu'un éditeur dispose de ses droits numériques sans limites de durée et qu'il pratique une politique tarifaire élevée, pour que la carrière du livre soit durablement gelée. « Devant le numérique, qui est un mouvement culturel fondamental, et sans doute irréversible, ces éditeurs, ne sachant sans doute pas comment aborder le phénomène, se contentent de le refuser. Ce n'est là pas une attitude bien... disons, bien éclairée. »

 

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