Vous rêviez de coincer Maylis de Kerangal dans un ascenseur

Clément Solym - 02.03.2012

Lecture numérique - Usages - QR Codes - littérature contemporaine - smartphone


Poursuivons ce vendredi insolite avec une création originale, d'Isabelle Delatouche. Elle n'est pas « artiste, non pas vraiment », mais avec l'Anthologue, cette « installation d'art numérique », elle souhaite proposer quelques notes, quelques phrases de littérature, dans ce monde de brut. De ‘brut' en blanc, elle nous explique mettre son outil « au service de la littérature contemporaine que j'aime ». En avant !

 

Concrètement le projet tient en quelques mots, et finalement, ne prend pas beaucoup plus de place : l'Anthologue est « une anthologie vivante qui investit un espace donné : établissement ou jardin public, transport en commun... ». Il se concrétise physiquement par des codes QR, que l'on voit fleurir un peu partout dans nos villes, et qu'il suffit de scanner pour accéder... à de nouvelles choses. 

 

En fait, « l'Anthologue est une machine à fabriquer des lecteurs », explique Isabelle Delatouche. « Vous êtes dans un ascenseur, ou près d'une machine à café, ou bien vous attendez un train, et là vous voyez un code QR que vous scannez, par désœuvrement ou par curiosité...

Une phrase s'affiche sur votre smartphone, comme un message personnel… cela vous intrigue et vous cliquez... un texte s'affiche alors, l'extrait du roman d'où vient la phrase qui vous a accrochée...Et vous voilà plongé dans l'univers d'un auteur.

La phrase que vous recevez et l'extrait qui suit dépendent du lieu, mais aussi du moment, du jour où vous scannez, cela change tout le temps. »

 

La vidéo parlera encore plus facilement à l'esprit

 

 

 

Isabelle souhaite avant tout mettre la littérature contemporaine ailleurs que dans les endroits où l'on s'attend à la trouver. « Il faut expérimenter des choses légères, que permet de le numérique, et la création d'une base de données derrière chacun des codes, permet de télescoper la situation de la personne qui scanne avec l'un des extraits qui a été choisi. » Cette première version est donc très expérimentale, nous assure-t-elle, mais prometteuse : avec une phrase, attraper un lecteur, et tenter de gagner sa curiosité, c'est la possibilité de retrouver un peu partout des livres, dans les espaces publics, des jardins... Ou presque.

 

 

 

 

Presque, parce que pour l'heure, il existe tout un travail qui complète celui de la base de données. En l'occurrence, parmi les auteurs que l'on retrouve, Hervé Le Tellier. « C'est le livre À quoi tu penses que j'ai choisi d'utiliser. Mais il m'a expliqué que, vu la taille des citations dont je me servais, il n'y avait pas besoin de demander de droit d'utilisation. En revanche, pour des textes dont les citations sont plus longues, il m'a fallu expérimenter les services juridiques de certaines maisons.

 

Et surtout, découvrir que, comme je ne rentrais pas dans les cases, et qu'en face, j'avais des personnes qui ne comprenaient pas très bien, les autorisations n'allaient pas m'être délivrées sans peine. Quand on ne me demandait pas d'argent pour que je puisse utiliser certains passages des livres que je choisis. »

 

Les autorisations sont aujourd'hui obtenues, pour reproduire les textes dans le cadre de cette installation, elles restreignent toutefois encore l'usage : « Si je devais mettre en place ces installations dans d'autres contextes, il me faudrait verser des droits. Je serai ravie de pouvoir le faire, mais en l'état, ce n'est pas du tout possible. »

 

Le projet a été réalisé en partenariat avec Le Cube, centre de création numérique