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Ouvre les yeux, de Matteo Righetto : les vestiges d'un amour défunt

Auteur invité - 19.07.2017

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Pour écrire la nature, il faut d’abord savoir la lire, la comprendre. Il en va de même pour les histoires d’amour. Celle de Luigi et Francesca est à la fois unique et ordinaire, lointaine et éternelle, rythmée d’instants fondateurs et futiles.




 

C’est une idylle parfaite avec ce qu’il faut de tendresse, d’insouciance et de tempérament pour faire de sa vie quelque chose de simple. Tout coule de source, ils s’aiment comme une évidence et la naissance de Giulio, baignée de paysages, ne vient qu’accentuer ce sentiment de liberté totale et de profonde harmonie. 
 

Pourtant, très vite le temps commence à faire ses propositions malhonnêtes. La discorde semble effacer peu à peu les sourires et les cœurs qu’ils avaient pourtant dessinés ensemble. Et c’est donc tout aussi naturellement que la banalité grossière de la séparation leur fait prendre des chemins différents.

Le « nous » devient « vous » puis « tu ». Et Giulio reste seul. 


Des années plus tard, ils devront se revoir au début d’un été. Partir ensemble l’espace d’une randonnée à la recherche de leur part manquante, de cet instant de paix ultime en famille égaré en chemin au milieu des montagnes. Tous deux éprouvent la nécessité absolue de se mesurer à « cette métaphore parfaite de l’ouverture à l’autre », bien loin de Milan l’hyperactive. Ce voyage au centre d’eux-mêmes doit les mener vers leur écho dont seule la nature semble pouvoir être l’écrin. 


Il ne sut pas de saupoudrer son texte de verdure ou de chants d’oiseaux pour le rendre authentique. Et c’est là que la finesse et l’intelligence émotionnelle de Matteo Righetto interviennent. Il parvient à restituer par l’écriture l’écho que ses personnages sont partis chercher.

Une sorte de résonance, avec ce qu’il faut de naïveté pour en souligner la fraîcheur, s’opère entre les deux parents et chaque paysage qui les entoure. C’est une écriture humble face au détail pour en démontrer l’importance. C’est aussi l’invitation à accompagner Luigi et Francesca, pour mesurer avec eux le poids de la dette émotionnelle que crée toute forme de séparation. Bouleversant. 
 

Olivier Badoy,
Les Cordeliers (Romans-sur-Isère) 

 

 

en partenariat avec le réseau Initiales

 

Ouvre les yeux – Matteo Righetto – Editions La dernière goutte – 9782918619345 – 17 €