Alain Jouffroy : “J’écris parce que les mots se tuent. Mais je parle dans ma mort“

La rédaction - 22.12.2015

Edition - Les maisons - Alain Jouffroy - décès poète


Le décès du poète Alain Jouffroy a été annoncé hier. Âgé de 87 ans, il fut auteur un auteur prolixe, près de 120 titres, dont trois furent publiés aux éditions La Différence : Moments extrêmes, 1991 ; Klasen, 1993 ; L’Ouverture de l’être, 1995 ; Être-avec, 2008. Colette Lambrichs, éditrice de La Différence, nous a fait parvenir un texte, comme hommage, accompagné de l’un des poèmes du recueil Être-avec.

 


 

Alain Jouffroy, figure sur la scène parisienne bien avant que n’existe La Différence, s’était lié d’amitié intellectuelle avec Joaquim Vital et moi-même par l’intermédiaire de Michel Bulteau. En 1991 La Différence a publié des poèmes, Moments extrêmes ainsi qu’une monographie sur Milos Sobaïc, peintre serbe qui devint, à cette occasion, très proche de nous. 

 

En 1993, Alain écrivit le texte pour la monographie de Peter Klasen et en 1995 ce furent à nouveau des poèmes qui virent le jour, L’Ouverture de l’être avec une préface de Sarane Alexandrian.

 

Il y eut encore l’étrange roman intitulé Le Livre qui n’existe nulle part en 2007 et, la même année, Être-avec, recueil dont j’extrais ce poème intitulé Amen en mémoire de lui :

 

Je n’irai jamais jusqu’au bout de moi,

N’irai jamais jusqu’au bout du monde,

Mais j’y vais !

Idiot, je suis mon propre inconnu,

Ma lucidité est la NUIT

Où j’habite, stupidement, son envers.

Je m’y terre, sans dire merci.

Mais j’erre et fais du bruit

Dans l’universelle cacophonie.

Personne n’existe ? Moi non plus !

J’écris parce que les mots se tuent.

Mais je parle dans ma mort

Comme la foudre dans les nuées.

Je sauve, vivant, le verbe voir.

Personne n’écoute ? Tant mieux !

Personne ne répond ? Mieux encore !

Je suis l’optimiste de la désespérance

Et me moque de tous les yeux !

Dieu ! — Tu le sais, mon vieux =

Le réel, qui te nie,

N’est pas délictueux, mais délicieux.

 

 

Alain Jouffroy est né en 1928, à Paris. Il se lance très jeune dans la poésie puis dans les arts plastiques. Proche du mouvement surréaliste finissant, il se lie avec André Breton, Joan Miró et Henri Michaux. Après guerre, il prend ses distances avec les différents courants poétiques en développant un style plus personnel et plus original.

 

Également écrivain et critique d’art, Alain Jouffroy a dirigé la prestigieuse revue d’art XXe siècle de 1972 à 1981 et fondé avec l’éditeur Georges Fall et le poète Jean-Clarence Lambert Opus International. Il est l’auteur d’une œuvre très abondante et reconnue.