Patrick Rambaud revient, Hollande peut partir

Camille Cornu - 08.01.2016

Edition - Les maisons - Patrick Rambaud - grasset françois hollande


Patrick Rambaud reprend la plume, guidé par la colère. Colère contenue, comme à son habitude, dans une forme satirique maniée d’une main de maître. Et autour de François Hollande, toute la clique politique de ces quatre dernières années en prend pour son grade. Un régal de rire grinçant chez Grasset.

 

Les Académiciens Goncourt

Patrick Rambaud, bras croisés, à la table des jurés du Goncourt - ActuaLitté, CC BY SA 2.0

 

 

« Lui qui lisait fort peu, surtout pas des romans, il se complaisait aux divertissements politiques. Il avait consulté naguère le profitable Bréviaire des politiciens que le cardinal de Mazarin rédigea en latin et publia à Cologne en 1684. Le titre l’avait alléché puisqu’il se proposait de l’instruire sur le seul métier qu’il sentait à sa mesure, et qui n’était point réellement un métier sinon l’application de diverses recettes et roueries pour parvenir.

 

“Affecte un air modeste, candide, affable, lui soufflait le rusé cardinal. Feins une perpétuelle équanimité. Complimente, remercie, montre-toi disponible, même à l’égard de ceux qui n’ont rien fait pour le mériter.” M. de la Corrèze en fit son credo ; il se souvenait d’une autre recommandation : “Méfie-toi des hommes de petite taille : ils sont butés et arrogants.” Il y devinait le portrait de son prédécesseur, Nicolas Ier, et décida à son inverse de présenter une image normale. »

 

Voilà pour le début du portrait de « M. de La Corrèze » dans le dernier livre de Patrick Rambaud, disponible depuis hier chez Grasset. François-le-Petit, chronique d’un règne n’épargne personne et, mine de rien, constitue une analyse plutôt pertinente, sinon impitoyable, de la vie politique française de ces dernières années.

 

En se concentrant sur le début du quinquennat de François Hollande, l’auteur propose toute une série de portraits dont il a le secret et que l’on découvrira avec le plaisir de les reconnaître sous le trait de la satire : la patronne du « Front populiste », Mlle de Montretout, le duc d’Évry nommé Premier ministre, le jeune comte Macron, Mademoiselle Julie et la Marquise de Pompatweet.

 

Le livre s’achève sur les événements de janvier 2015, tout juste un an avant la sortie du livre, au moment où « deux crétins islamistes masqués fusillèrent la rédaction d’une gazette satirique » et qu’« un autre crétin du même calibre tira à la mitraillette sur les clients d’un hypermarché kacher ».

 

Dans sa propre utilisation de la caricature et de l’humour, il nous livre évidemment sa conclusion, pleine d’amertume, en nous offrant un dernier portrait du « crétin wahhabite » qui « veut arriver à l’âge d’or par le meurtre » et est « totalement dépourvu d’humour au point que la vue d’une caricature le met en transe ».