CJ Box : "Les bons polars explorent les questions de société et de justice"

Xavier S. Thomann - 27.06.2013

Edition - Les maisons - CJ Box - polar - suédois


Voici la suite des interviews que nous diffusons en partenariat avec Points Seuil, dans le cadre de l'opération estivale « Ce Polar n'est pas suédois ». Aujourd'hui, c'est avec le romancier C.J. Box que nous discutons. Auteur, d'une dizaine de romans policiers couronnés par de nombreux prix, il tisse ses intrigues dans le cadre grandiose et sauvage du Wyoming, où il vit. Il est notamment l'auteur de Détonations rapprochéesSanglants Trophées et Ciels de foudre, disponibles chez le même éditeur.

 

 

 

 

Que pensez-vous de la « mode » du polar suédois ?

Je comprends très bien cette mode, parce que je lis et j'aime moi aussi beaucoup les auteurs polars scandinaves. Je pense que le noir et le polar ont toujours attiré les lecteurs, qu'ils viennent de Suède ou de Los Angeles. Le « goût » du moment, c'est la version Nordique. Les polars suédois que j'ai lus sont très différents de ceux que j'écris, parce que leur atmosphère est en général très urbaine et très claustrophobe.

      

La nature et les grands espaces jouent un rôle important dans votre livre. Quel est selon vous la principale différence entre un polar urbain et un polar  « naturel »

Dans mes romans, la nature elle-même est un personnage important. Plutôt que de reposer sur les relations interpersonnelles et multi-générationnelles entre les personnages, mes intrigues se déroulent dans un décor vaste, avec peu de protagonistes dedans. Je trouve que cette toile de fond plus ou moins vierge fait ressortir la personnalité des quelques héros – et leurs ambitions et manies. De plus, dans mes romans, les méchants ne peuvent pas se cacher au sein de la population.

 

Par ailleurs, je m'appuie souvent sur de vrais sujets de société, ou des questions écologiques, pour construire le cadre de mes romans. Mon héros doit élucider un crime, bien sûr. Mais, contrairement à d'autres, il doit le faire en tenant compte des montagnes, du mauvais temps, des grandes distances…

 

 

CJ Box

 

 

A propos du livre

Et si April était toujours vivante ? Joe Pickett a du mal à y croire, lui qui a assisté à la disparition de la fillette dans un tragique incendie. Sheridan, sa fille aînée, reçoit pourtant des messages pressants et très personnels. Comment savoir si April en est l'auteur ? En enquêtant sur l'origine de ces mystérieux textos, Joe découvre qu'ils proviennent d'une région où les meurtres se multiplient…

Vous êtes plutôt Stieg Larsson ou Raymond Chandler? 

J'ai aimé les deux premiers Millenium de Stieg Larsson, mais je me suis lassé avec le troisième. De façon générale, je suis plutôt un fan de Raymond Chandler. Je pense qu'on lira encore Chandler dans 20 ans. Stieg Larsson, j'en suis moins sûr.

 

Quand il n'est pas question de polar, qu'est-ce que vous lisez? 

J'ai des gouts très variés, mais mes romans préférés sont ceux de Thomas McGuane, Jim Harrison ou Cormac McCarthy.

 

Le polar est un genre qui connaît un grand succès depuis longtemps. Comment expliquez-vous cet engouement? 

Le romancier Richard Price a dit autrefois que, plus on tourne autour d'un crime, mieux on connaît la ville où il a eu lieu. Ce qu'il veut dire, c'est qu'à travers une enquête, on en apprend sur les gens, la culture, l'état d'esprit d'une région d'une façon efficace et (j'espère) haletante.

 

Les bons polars explorent les questions de la société et de la justice. Par ailleurs, dans la plupart des polars, la justice est rendue à la fin. Ce qui n'arrive pas toujours dans la vraie vie.

 

Comment fait-on pour s'inscrire dans un genre où la concurrence est aussi rude? 

Dans mon cas, j'espère que si mes polars marchent, c'est au moins en partie parce qu'ils capturent l'esprit d'un lieu d'une façon à la fois instructive et intrigante.

Les auteurs que je préfère sont ceux qui maîtrisent leur territoire, leur cadre. Les moins bons auteurs (y compris beaucoup d'auteurs littéraires, d'ailleurs) n'y parviennent pas. 

 

Enfin, que diriez-vous à nos lecteurs pour présenter votre ouvrage L'empreinte des morts ?

L'empreinte des morts parle d'un homme aigri, qui veut se réconcilier avec son fils – un écologiste intégriste – avant de mourir. Le seul moyen qu'il a trouvé pour cela, c'est de compenser son empreinte carbone par des actions extrêmes et violentes.

Ce roman évoque aussi la possibilité que Joe et Marybeth Pickett puissent retrouver une petite fille qu'ils avaient cru assassinée des années plus tôt.