"Comme si vous les aviez ponctionnés au fil des ans. Du travail d'orfèvre"

Cécile Mazin - 06.07.2013

Edition - Les maisons - Zalbac Brothers - Karel de la Renaudière - Polar


Toute la semaine, en partenariat avec les éditions Albin Michel, ActuaLitté vous propose de découvrir le premier roman de Karel de la Renaudière, Zalbac Brothers. Ce polar aux accents de thriller se déroule dans le monde impitoyable de la finance. Enfin... impitoyable, certes, mais plutôt lucratif.

 

 

Il est temps de passer l'appel décisif. Pendant près d'une heure, avec Tim, ils ont répété l'action au millimètre près et fourbi leurs armes. Au centre de la table, son ordinateur, relié au téléphone de Bernstein, leur ouvre l'accès à toutes ses données personnelles. Sur un bout de papier a été griffonné le numéro d'un compte aux îles Caïman.

Tim a téléchargé un relevé de compte entre Zalbac et une société offshore. Après quelques modifications effectuées à distance, le relevé affiche d'autres informations, que Jean n'aura plus qu'à agiter sous le nez de Bernstein.

– Tu es prêt ? lui demande Tim.
Le banquier lui fait un signe de la tête et compose le numéro

de la ligne directe du managing partner.

– Bernstein, j'écoute.

– Bonjour Elias, Jean Demester à l'appareil.

Silence étonné.

 

– Jean ? On parle beaucoup de vous ici. Comment allez- vous ? Et quel bon vent vous amène ?

– Très bien, je vous remercie. Je ne vais pas vous déranger longtemps. J'ai simplement besoin de votre ordinateur, ça ne vous ennuie pas que je vous l'emprunte ?

– Qu'est-ce que vous racontez... Vous...

Bernstein se retourne vers l'écran et assiste, impuissant, à la prise de contrôle de ses données. Une à une, les fenêtres se ferment, tandis qu'il tente de pianoter sur son clavier pour arrêter ça. En vain.

– Mais bon sang, qu'est-ce que vous faites ?

Jean fait un signe à Tim Dickens et les doigts du hacker courent sur le clavier. À plus de quatre cents kilomètres de là, une nouvelle fenêtre s'ouvre sur l'écran. Son propriétaire est tétanisé.

– Devant vous, les états financiers de l'une des sociétés de vos clients corses, qu'on désigne sous le doux nom de La Stragna.

Malgré sa stupéfaction, Bernstein scrute le tableau en détail.

 

– Je connais ce dossier, Jean. Vos données sont inexactes. Il manque de l'argent sur ce compte.

– Je sais, c'est un faux. Nous venons de le créer. La question serait plutôt : qu'est-ce que vos clients vont en penser ?

– Cela fait dix ans que je travaille avec La Stragna, je ne suis pas très inquiet. Ça vous mène à quoi, tout ça ?

– Patience...

Un autre coup d'œil à Tim et le hacker reprend le contrôle de l'ordinateur à distance. Jean poursuit.

– Je suis allé faire un tour sur votre compte offshore. 

– Je n'en ai pas, le coupe sèchement Bernstein.

– Je sais. Nous nous en sommes occupés et maintenant, vous en avez un. Il s'affiche en ce moment même.

 

Le partner s'est mis debout, ses poings serrés posés sur le bureau.

– Il se trouve que l'erreur que vous avez pu détecter, à vue de nez, sur les comptes de la Stragna, se retrouve bizarrement avoir été reversée sur votre nouveau compte offshore. Et si l'on retrace les transferts d'argent, on s'apercevra que cette somme a transité en Corse. Comme si vous les aviez ponctionnés au fil des ans. Joli, non ? Du travail d'orfèvre... Reste à savoir quel est le montant de la ponction... Ah, quand même ! Dix millions de dollars !

 

– Vous êtes fou ? Comment avez-vous...

– Mais vous ne courez aucun risque, n'est-ce pas ? C'est votre parole contre ces relevés de compte ! Et puis... Ces gens sont sûrement compréhensifs !

– C'est impossible...

– Ah, dernier détail. Les relevés n'ont rien de fictif. Vous avez vraiment reçu vingt millions de dollars. Ils sont à vous. Bonne chance !

– Attendez ! Expliquez-moi ! D'où viennent ces millions ? 

– L'argent n'est pas un problème.
La voix de Bernstein seule suffit à l'imaginer, transpirant et livide.
– Vous voulez signer mon arrêt de mort ? Ça ne vous sert à rien !
Le piège se referme.
– Effectivement, considérez plutôt cette somme comme un bonus. Bien sûr, il sera bloqué quelques mois, le temps de nous assurer de votre entière collaboration. Disons, une année après la nomination du prochain président de Zalbac ?

– Vous, c'est ça ? Et que dois-je faire ?
– C'est assez simple. Laissez-moi vous expliquer.