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Confessions d'un éditeur : Amazon veut notre peau

Clément Solym - 19.01.2012

Edition - Les maisons - Amazon - Tuer - Bestsellers


Le site Pandodaily vient de publier une lettre anonyme écrite par un des dirigeants d'une des plus grandes maisons d'édition situées aux États-Unis, connues sous le nom de "Big Six" (Hachette Book Group, HarperCollins, Macmillan, Penguin Group, Random House et Simon & Schuster).  Il explique comment Amazon s'apprête, dans les années, ou les mois à venir, à achever économiquement ces Big Six. 

 

Le problème ne serait pas que le cybermarchand casse les prix, mais que le géant américain projette de vendre et publier des best-sellers, en éradiquant toute concurrence.  Extraits. 

 

« Un best-seller aujourd'hui se vend à 20.000 exemplaires, donc je pensais offrir environ des centaines de milliers [de dollars] pour l'avoir. Mais Amazon avait déjà proposé 1 million de dollars pour l'ouvrage. Il m'était arrivé la même chose pour un mémoire il y a quelques mois. Les éditeurs traditionnels ricanent : « regarde cet imbécile d'Amazon, surpayant les livres ! ». 

 

 

Mais Amazon n'est pas un imbécile. Ils le font intentionnellement pour conserver des acomptes élevés ( et des acomptes élevés mettront les maisons d'édition en faillite). Et ils s'approprient des auteurs à succès. Ils ont offert à Seth Godin un contrat aux termes qui lui sont très favorables. Ce n'est plus qu'une question de temps avant qu'ils obtiennent James Patterson ou d'autres auteurs de fiction très connus.

 

On ne peut plus payer 1 million de $ pour des livres. Amazon peut probablement se permettre de perdre 20 millions de $ par an dans leurs services d'édition, juste pour mettre les autres maisons hors circuit.  Je pense que c'est ce qu'ils essaient de faire. Dépenser de l'argent à tout-va dans une industrie qui n'en a plus, jusqu'à ce qu'Amazon devienne non seulement le seul endroit où acheter des livres, mais aussi le seul qui en publie également. »


 Pour lire la lettre dans son intégralité, c'est ici : Confessions of a Publisher: “We're in Amazon's Sights and They're Going to Kill Us.

 

Étrange, tout de même : c'est un constat que ActuaLitté faisait en mai 2008, quelques semaines après le Salon du livre, et des premières réflexions et pistes sur le devenir de la boutique en ligne. 

 

À l'époque, nous avions simplement suggéré qu'Amazon puisse bouleverser l'édition. Mais en réalité...

D'ailleurs, ce possible (probable ?) développement vertical n'a sûrement pas échappé à Jeff Bezos, le patron d'Amazon. Le premier pas vers une telle orientation a d'ailleurs été atteint avec BookSurge et l'obligation pour les éditeurs de passer par ce service d'IàD, sous peine de se voir rayés des listes... À quoi l'édition doit-elle alors s'attendre pour les prochaines années ?

Si le cyberlibraire commence dès maintenant à établir des connexions plus étroites entre les auteurs et lui, à éliminer les intermédiaires, mais également à prendre les éditeurs à la gorge, il s'accaparera les uns, tout simplement et pourrait juguler les autres. Pour les éditeurs, le vent tournerait, au profit des écrivains, mieux rétribués.

 

Mais quel vent inquiétant qui souffle depuis Seattle...