Débrayage chez Humensis autour du temps de travail

Nicolas Gary - 26.02.2018

Edition - Les maisons - Humensis PUF Belin - débrayage salariés Humensis - temps travail Humensis


Fruit du regroupement des sociétés PUF et Belin, la société Humensis est dirigée par Frédéric Mériot, directeur général depuis le 1er janvier. Ce dernier fera face, ce 27 février, à un débrayage, considérant l’organisation du temps de travail que l’entreprise souhaite mettre en place. Et ce, alors qu’un accord doit être trouvé avant la fin du mois.



Frédéric Mériot, actuel directeur général
 

 

« Les propositions de la direction sont insatisfaisantes, d’autant que la charge de travail est monumentale. Et les accords proposés visent à nous maintenir pieds et poings liés au service de la direction », déplore-t-on. 

 

Historiquement, la fusion des deux groupes éditoriaux fut actée au 1er décembre 2016. Dans ce contexte, les accords d’entreprise concernant le temps de travail continuaient de s’appliquer pour une période de 15 mois, délai légal maximum. 

 

Concrètement, deux rythmes étaient appliqués : un régime de 37 heures semaines avec 12 jours de RTT pour les anciens de PUF, contre un régime de 39 heures semaines avec 22 jours de RTT pour les anciens de Belin. « La direction a tout d’abord cherché à tout niveler par le bas, dans la première mouture des négociations. Nous l’avons rapidement compris, et avons fait des contre-propositions pour contraindre à améliorer la situation », nous précise-t-on. 

 

Une moyenne de 17 jours de RTT est alors demandée, permettant « de couper la poire en deux. Cela n’enchantait pas l’ensemble des salariés Belin, mais tout le monde a reconnu la nécessité d’un accord qui permettrait un entre-deux ». Rejeté par la direction, l’accord a continué d’être négocié. « Le problème est que ces horaires de 37 ou 39 heures sont fictifs : aucun relevé ni badgeuse ne permet de vérifier ce qui est pratiqué. Les salariés font couramment 40 heures – sans comptabilisation ni trace écrite », dénoncent les syndicats. 
 

Deux catégories de salariés pour un même groupe

 

Dernière proposition de la direction : créer deux statuts, des salariés avec un horaire collectif, les autres avec un forfait jour, dans une base de 2/3-1/3. Pour les premiers, c’est une comptabilisation classique du temps de travail envisagée, pour les autres, un forfait horaire journalier – en somme, des journées de travail, d’un côté, et de l’autre des heures.

 

Les représentants syndicaux ont alors demandé un encadrement de ces mesures ; réponse de la direction, proposer 10 heures (soit 11 heures de présence dans l’entreprise), pour les forfaits jour. Et au terme de plusieurs semaines, une récupération découlant d’une concertation. « C’est totalement insuffisant », assure-t-on en interne.

 

D’abord, le refus de la direction d’instaurer des mesures de contrôle « serait la porte ouverte à toutes les pressions de la hiérarchie pour inciter les gens à rester et dépasser leur temps de travail ». Il fut alors avancé que l’on passe de 37 heures semaines à 37h30, mais avec 17 jours de RTT. « La direction nous a proposé 15 jours de RTT, ce que l’on peut entendre. »
 

PUF et Belin présentent Humensis,
“promouvoir la société de la connaissance”

 

En revanche, aucune évolution n’est envisagée pour le forfait jour : « Dans la réalité, ce sont des gens qui travailleront entre 40 et 45 heures, et ne disposeraient que de 12 journées de RTT. » Et en dépit des multiples négociations et discussions sur ce point, « le personnel ne voit pas d’autre solution que le débrayage pour obtenir ce qui est l’enjeu pour chacun : un accord correct pour tous les salariés ». 

 

Dans une communication officielle de la CFDT, on explique : « Dans un contexte d’intensification et de surcharge de travail, la direction d’Humensis, dans le cadre de la négociation “temps de travail”, veut réduire le nombre de jours de RTT pour beaucoup de salariés de l’entreprise et passer un maximum de personnes au forfait jour. De quoi exploser notre temps de travail en toute légalité. »

 

Et de poursuivre : « La direction prend un risque : celui de l’épuisement professionnel ! Sa responsabilité est de prévenir les risques, pas de les accroître. Et pourtant, elle veut diminuer les jours de repos et intensifier les heures. Nous sommes tou-te-s perdant-e-s avec les propositions de la direction, et les négociations sont bloquées. La CDFT ne signera pas ces accords qui sont une atteinte à la santé et à la vie personnelle des salariés. »
 

Le débrayage décidé pour demain cherchera à mettre la pression sur la direction, « alors que nous devons trouver un terrain d’entente avant mercredi soir ». Frédéric Mériot n'a pas pu être joint au moment de la publication de l'article.


mise à jour 19h30 : Joint par téléphone, Frédéric Mériot, directeur général, reconnaît que les négociations « approchent de la fin de la période des 15 mois au terme desquels intervient la dénonciation des accords. Il nous faut trouver un nouvel accord, ou pas d’accord du tout, et en ce cas, s’appliquera la loi des 35 heures ». 

 

Présent lors de la dernière réunion intervenue la semaine passée, il rappelle également qu’en janvier dernier « la Direction a proposé la mise en place d’une commission afin que les différentes catégories de salariés puissent être associées à la future organisation du temps de travail au sein d’Humensis ». La direction a ainsi accédé à plusieurs des demandes formulées dans le cadre de la négociation, listée ci-dessous :

 

• Pour les collaborateurs en horaires collectifs, temps de travail hebdo de 37h30 avec l’octroi de 15 jours RTT/an, soit avec les congés payés l’équivalent de 8,8 semaines de repos par an

• Pour les collaborateurs en forfait jours, un forfait de 211 jours par an, en conformité avec les pratiques au sein des maisons d’édition. 41 jours de repos par an, soit l’équivalent de 8,1 semaines de repos par an.

• Les collaborateurs qui bénéficiaient antérieurement d’un nombre de jours de RTT supérieurs à 12 jours se verront octroyer une augmentation de salaire (= donc le rachat de 10 jours RTT par du salaire récurrent). Ceux qui le souhaiteraient auront de plus la possibilité de prendre 5 jours de plus (sans solde, c’est-à-dire en y réinvestissant une partie de leur augmentation/rachat de jours) afin d’atteindre 17 jours.

• Mise en place de dispositions d’encadrement concernant la charge de travail et le temps de travail via des RV collectifs et individuels programmés

• Mise en place d’un Compte Epargne temps, de possibilité de dons de jours de RTT entre salariés, et 4 motifs événements familiaux qui ajoutent la possibilité de 6 jours additionnels de repos en plus de ceux de la convention collective et du Code du travail.


Et de souligner que, depuis la fusion, de nombreuses embauches ont été effectuées sous le régime de 12 journées de RTT. « Notre souhait est de rester sur cette base et de travailler à son aménagement, pour rendre le travail le plus agréable possible pour tout le monde. »
 

En effet, les personnels anciennement Belin disposaient d’un régime de 22 journées de RTT, mais ce dernier est racheté « avec des augmentations de salaires pour compenser la perte de ces jours ». Or, celles et ceux qui souhaitent malgré tout conserver un minimum de 17 jours de RTT le peuvent. « Nous partons sur la base de 12 jours, avec la possibilité de racheter 5 jours, avec des congés sans solde, automatiquement accordés, et déjà réglés du fait de la hausse de salaire. »

 

Les salariés en forfait jour se voient également accorder la « la faculté d’utiliser le télétravail à hauteur de 1 journée par semaine pour tous les salariés en forfaits-jours ». Et de conclure : « Ce sont là des souplesses très importantes : c’est une façon d’accommoder ceux qui souhaitent disposer de plus de jours, ou de plus de salaires, selon les souhaits de chacun. »

 

Retrouver notre reportage : 
Chez Humensis, des salariés dénoncent “une charge de travail insupportable”




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