Erika Sattler, cette terrible banalité du Mal

La rédaction - 10.09.2020

Edition - Les maisons - Erika Sattler - Hervé Bel roman - roman rentrée littéraire


À la tête de la chronique des Ensablés, qui depuis 10 années exhument les textes de romancières et romanciers oubliés probablement à tort, Hervé Bel publie un nouvel ouvrage en cette rentrée Erika Sattler. ActuaLitté vous en propose assez logiquement un extrait.




 

« Il lui était apparu d’abord quelconque, avec sa moustache et son uniforme terne, gris ou vert, devant son pupitre. Puis il avait parlé. Non, d’abord, il était resté silencieux, les bras croisés, les sourcils froncés, tournant lentement la tête, comme un maître qui attend que ses élèves se taisent. La rumeur s’était tue d’elle-même. Alors il avait commencé à parler.

Des phrases prononcées lentement, d’une voix douce. Un adagio en quelque sorte, le début lent, presque inaudible d’un quatuor à cordes, qui forçait les auditeurs à encore plus de silence pour comprendre ce qu’il disait. Soudain, le ton était monté, sa voix avait pris une puissance inattendue. Ce qu’il disait avait fini par n’avoir plus d’importance. La voix réveillait en elle des émotions presque musicales, toutes sortes de sentiments, colère, exaltation, tristesse, et joie, une joie indescriptible.

 

Erika avait seize ans. Elle était rentrée chez elle transformée. Elle serait nationale-socialiste. »
 

Janvier 1945. Les Russes envahissent la Pologne occupée par Hitler. Sur les routes enneigées, Erika Sattler fuit avec des millions d’autres Allemands. La menace est terrible, la violence omniprésente. Pourtant, malgré la débâcle, Erika y croit encore : le Reich triomphera.


Dans ce livre puissant et dérangeant, Hervé Bel brosse le portrait intime d’une femme nazie que rien ne fait vaciller. Une illustration possible de la « banalité du Mal », dans toute sa glaçante vérité.
 


 

Hervé Bel est strasbourgeois d’origine. Il a vécu plusieurs années en Allemagne, et partage aujourd’hui son temps entre Paris et Beyrouth, où il travaille. Il est l’auteur de La Nuit du Vojd (JC Lattès, 2010, Prix du Premier Roman Edmée de La Rochefoucauld), des Choix secrets (JC Lattès, 2012, Prix Horizon du Deuxième Roman) et de La femme qui ment (Les Escales, 2017). Avec Erika Sattler, il signe un roman audacieux, abordant le nazisme sous un angle rarement étudié.

 

Dossier - Les romans de la rentrée littéraire : 2020, l'année inédite




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