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Génération enragée : premier extrait, Réaliser

Clément Solym - 30.01.2012

Edition - Les maisons - Génération enragée - Studio Walrus - pamphlet


Génération oubliée. Génération sacrifiée. Génération bafouée. Appelez-la comme vous voulez, nous sommes avant tout la génération des grandes Désillusions.

 

Le fait est qu'on l'appelle souvent Génération Y. Terme politiquement correct pour "Génération Baisée". La génération Y est aussi connue sous le nom de Génération Peter Pan, groupe dont les membres retardent le passage à l'âge adulte et vivent plus longtemps chez leurs parents.

 

 

Texte de Jiminy Panoz,

publié par Studio Walrus

 

 

On l'assimile même parfois à la Génération Boomerang, dont les membres quittent leurs parents assez tôt pour revenir à la fin de leurs études ou suite à un échec.

 

Elle aura connu le terrorisme, la bulle internet de l'an 2000, la crise financière de 2007, Tchernobyl et le sida.

 

Elle s'est vu promettre le papy-boom, elle a vu l'âge du départ à la retraite retardé. Elle s'est vu promettre des emplois qualifiés ; ses ultra-diplômés se retrouvent aujourd'hui dans la merde. On lui a fait miroiter un niveau de vie supérieur à celui de ses parents ; ils l'aident à payer les factures aujourd'hui, après avoir financé ses études à fonds perdus avant-hier.

 

Il est maintenant admis que la génération Y est une génération baisée, le travail étant monopolisé par les générations baby boom (après-guerre) et la génération X qui l'a précédée.

 

La génération Y connaît le taux de chômage le plus fort (généralisé dans le monde entier). Ce phénomène n'est même pas lié à une quelconque ruine intellectuelle, puisque cette génération est plus diplômée que les générations précédentes. Au final, 40 % de génération Y au chômage en Espagne, 19 % en Grande-Bretagne, 25 % en France et 18.5 % aux USA (un record). Et encore : on parle ici de chômage, mais combien de ces jeunes ont un emploi qui ne correspond pas à leurs compétences ? (source : Ilo + Insee)

 

Je ne fais que reprendre des paroles, des conclusions d'observateurs avertis – sociologues et économistes en tête – mais j'avoue bien volontiers me foutre complètement de ces appellations. X et Y ne reflètent pas la vérité. Ces lettres ne reflètent pas NOS vérités. Y ne dépeint pas la réalité de notre quotidien.

 

Si les observateurs avaient du courage, ils parleraient de "génération baisée", de "génération sacrifiée", de "génération stigmatisée" ou encore de "génération oubliée". Le sobriquet serait bien plus parlant.

 

En réalité, les spécificités de cette soi-disant Génération Y sont souvent étudiées sous couvert d'idéologie managériale, les attentes et besoins des jeunes aspirants actifs étant complètement déphasés du mode de fonctionnement de l'entreprise. "Y" signifie alors "Why", et rend compte de la difficulté à effectuer une tâche ou un ordre par l'employé qui ne comprend pas son utilité ou sa raison. Le fossé entre la tâche à effectuer et sa compréhension se creuse chaque jour : comment se situer dans un processus où chaque tâche est fragmentée, chaque action rationalisée, chaque comportement étudié et rentabilisé ? Mieux éduquée, cette génération cherche à comprendre l'incompréhensible. Elle souffre de vertige face à l'abîme. Cela dit, il paraît que nous allons profondément changer le monde en tant que Générati-ON (Génération We).

 

Voilà un petit rappel des faits, qui m'a profondément ennuyé, mais permettra d'installer le sujet.

 

En toute honnêteté, nous ne nous voyons pas comme une génération Y. Nous ne nous qualifions pas de Génération Peter Pan. Nous constatons que nous sommes simplement au beau milieu d'un véritable cauchemar, ne serait-ce qu'économique !

 

 

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