Histoire critique des points de vue sur le matriarcat

Auteur invité - 25.09.2019

Edition - Les maisons - matriarcat étude - histoire critique - sociétés matriarcales


Réunissant des années de recherches, Heide Goettner-Abendroth a fait paraître dans son ouvrage Les sociétés matriarcales, une étude qui fera date. Une somme d’information et d’analyse colossale, dont ActuaLitté, en partenariat avec les éditions des femmes — Antoinette Fouque, diffuse les bonnes feuilles.

Homelessness in Venezuela
Wilfredorrh, CC BY NC ND 2.0
 

L’histoire de la recherche sur le matriarcat depuis le xviiie siècle est moins un récit qu’une suite d’avancées et de temps morts dont les « débuts » répétés ne cessent de se perdre dans les ténèbres du passé. Le l de cette histoire est continuellement rompu, les bribes de cette narration ne semblent mener nulle part, les arguments avancés n’ont pas de suite — ou sont, dans la science occidentale, totalement mis à l’index. 

Il existe néanmoins un fonds sous-jacent de connaissances relatif aux formes matriarcales de sociétés, incluant des travaux issus de diverses disciplines scientifiques. Mais l’existence de plus de cent cinquante ans de recherches et de débats portant sur le matriarcat est généralement ignorée, et les rares fois où des voix émergent elles se voient rapidement imposer silence avec mépris, ou ridiculisées. 

Cette situation particulière soulève la question de ce qui est réellement en œuvre ici. Il semble que les chercheurs — du moins les chercheurs traditionnels — ont dû découvrir quelque chose de terrible, quelque chose qui menaçait de battre en brèche leur conception du monde patriarcale. S’ils avaient suivi jusqu’au bout la logique de leurs découvertes, ils auraient été contraints d’abandonner cette conception du monde.

Et dans la « communauté scientifique » sous influence patriarcale, leur prestige aurait été mis à mal, ils se seraient trouvés isolés, peut-être même auraient-ils perdu leur emploi s’ils étaient restés fidèles à leurs découvertes. Aussi ont-ils renoncé à ce qu’ils avaient trouvé, invalidant leurs résultats en les reformulant selon des constructions théoriques conçues pour sauvegarder le paradigme patriarcal de la société et de l’histoire — une entreprise qui engendre naturellement d’innombrables contradictions logiques et factuelles. 

Le système patriarcal a tout intérêt à s’assurer que les découvertes relatives aux formes sociales matriarcales demeurent invisibles, et cela devient particulièrement évident lorsqu’un chercheur ou une chercheuse rompt avec l’autocensure et main — tient ses conclusions — ce qui s’est produit assez souvent ces derniers temps. Ces experts sont très vite ostracisés, leur travail se voit discrédité de toutes les façons possibles, tant par leurs collègues que par le grand public. Tel est le pouvoir idéologique du système patriarcal aujourd’hui, et la pression s’intensifie de plus en plus tandis que la connaissance des formes sociales matriarcales est de moins en moins encline à se laisser entraver. 

Dans ce premier chapitre, ma tâche est par conséquent de trouver les extrémités brisées du l et de les relier entre elles. Je suivrai les lignes brouillées et rendrai de nouveau visibles les courants sous-jacents de la recherche sur le matriarcat — et je proposerai par là même une introduction au développement historique de l’idée, ou du concept, de sociétés matriarcales. En réalité, l’idée qu’il s’agissait d’une forme de société nettement distincte du patriarcat n’est pas apparue avant le xviiie ou le xixe siècle avec les travaux de pionniers tels que, entre autres, Johann Jakob Bachofen. Les sociétés matriarcales ont existé bien longtemps avant cela, comme en attestent des comptes rendus à leur sujet, mais l’idée de matriarcat comme forme sociale indépendante n’existait pas, non plus que le terme de « matriarcat ». Ce qu’on ne peut nommer ne peut être perçu. 

C’est la raison pour laquelle je m’efforce de rassembler ces fragments, comme on compose une mosaïque à l’aide de chacune de ses tesselles dispersées. Les questions directrices sont les suivantes : En quoi ces chercheurs contribuent-ils à la connaissance des sociétés matriarcales et que font-ils alors de leurs découvertes ? Ou qu’advient-il de leurs découvertes dans le domaine des sciences socioculturelles patriarcales et dans le grand public ?

Ces questions contribuent à la critique des idéologies, et révèleront la façon restreinte — et réductrice — dont ce sujet sociopolitique passionnant a été traité jusqu’à présent. Cela nous conduira à la situation actuelle — qui est extrêmement tendue, alors que le paradigme patriarcal commence à se fissurer. 

Ce chapitre mettra en même temps en lumière les contributions apportées par les diverses disciplines des sciences socioculturelles à la prise de conscience d’une forme matriarcale de société ainsi que le rôle fondamental d’une méthodologie interdisciplinaire dans le développement d’une compréhension adéquate de cette société. Plutôt que de proposer une liste exhaustive de chaque source ayant trait à la recherche sur le matriarcat, je m’en tiendrai aux quelques travaux exemplaires dans les disciplines les plus importantes de la recherche.

Mes questions éclaireront d’un jour nouveau les anciennes théories ainsi que les plus récentes. Que les plus vieux théoriciens n’aient pas eu l’avantage de disposer des recherches critiques et féministes ne devrait pas être une raison pour ignorer leurs travaux — après tout, à cette époque, ils ont été les seuls à s’intéresser aux formes matriarcales non explorées par leurs diverses disciplines. Les choses ont quelque peu changé depuis lors, mais — comme nous allons le voir — pas toujours pour le meilleur dans le milieu académique.

L’idéologie patriarcale, qui dans le cas des anciens chercheurs était plus inconsciente que délibérée, est désormais, dans la recherche plus récente, devenue intentionnelle et agressive. Ce passage en revue des chercheurs vise par conséquent à reconnaître leurs contributions fondamentales, mais aussi à les critiquer. En n, je mettrai en lumière le changement que les Recherches matriarcales modernes apportent à ce domaine. 



Heide Goettner-Abendroth ; Saskia Walentowitz ; trad. Camille Chapla – Les sociétés matriarcales ; recherches sur les cultures autochtones à travers le monde – Des Femmes Antoinette Fouque – 9782721007018 – 25 €


Dossier - Les sociétés matriarcales : les cultures autochtones dans le monde


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