Elena Ferrante, la grande inconnue : "Écrits, les livres n'ont plus besoin d'auteurs"

Antoine Oury - 14.08.2015

Edition - Les maisons - Elena Ferrante - anonymat - auteur


Depuis 1992, le nom d'Elena Ferrante agite les critiques et rédactions littéraires : chacun de ses livres est salué, et paraît en France chez Gallimard, précédé d'une réelle attente. Malgré cette réputation, l'auteure, qui se présente en fait sous un pseudonyme, parvient à garder l'anonymat dans un monde de leaks et autres fuites de documents.

 

Faceless

(jac o p o, CC BY 2.0)

 

 

Jusqu'à présent, aucun indice, aucune information n'ont permis d'identifier la véritable identité de l'auteur — impossible, même, de savoir s'il s'agit d'un homme ou d'une femme. En somme, on a trouvé pire que Harper Lee ou JD Salinger, souvent cités comme grands maîtres de la misanthropie littéraire. Dans un courrier récemment exhumé, daté de l'année 1991, peu avant la publication du premier roman de Ferrante, on découvre pourquoi l'anonymat importe tellement au créateur inconnu.

 

La lettre est adressée à Sandra Ozzola, éditrice de Ferrante chez Edizioni E/O : lors d'une réunion, Ozzola avait demandé, sur le ton de la boutade, quelles opérations de promotion étaient envisageables pour la sortie de L'amore molesto. « Sur le moment, je n'ai pas eu le courage de te répondre [...]. À présent, je te réponds à l'écrit, ce qui évite les pauses, les incertitudes, les banalités. »

 

« J'ai déjà suffisamment fait pour cette longue histoire : je l'ai écrite », poursuit Ferrante. « Si ce livre vaut quelque chose, alors cela sera suffisant. » Ni conférences, ni remises de prix, ni dédicaces : Ferrante prévient qu'elle acceptera, au mieux, des entretiens réalisés par écrit, et « un minimum », encore. « Je pense que les livres, une fois écrits, n'ont plus besoin de leur auteur. S'ils ont quelque chose à dire, ils trouveront leurs lecteurs, dans le cas contraire, ils ne les trouveront pas », assène Ferrante.

 

Au printemps 2015, dans une des rares interviews que l'auteur sous pseudo a accordé, à The Paris Review, la sentence est encore plus brutale : « Je suis toujours très engagée contre l'autopromotion obsessionnelle imposée par les médias. Cette demande permanente rabaisse le véritable travail, dans tous les secteurs de l'activité humaine, et elle est devenue universelle », explique l'auteure.

 

« Et puis, la promotion coûte cher, non ? Au moins, avec moi, vous économiserez des frais », conclut-elle dans sa lettre...