Le métier d'éditeur : loin des images faussées, créer un mythe positif

David Meulemans - 18.12.2019

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DOSSIER – Comment s’envisage le métier de fabricant d’histoire, indépendamment du fonctionnement même de la création desdites histoires ? Éditeur, qu’est-ce que c’est finalement ? Avec le concours de David Meulemans, directeur éditorial des Forges de Vulcain, ActuaLitté propose une série d’analyse sur les mythes et légendes autour du métier.


L'âge du temps, mythe en cours


Je viens de montrer, à mon insu, ce qui peut-être distingue un mythe d’un simple cliché. Un cliché, c’est une image fausse, contrefaite, et pourtant diffuse. Un mythe a toujours une parcelle de vérité, un mythe est une fable, c’est une histoire fausse, mais qui contient une injonction finale. Croire que l’éditeur n’est qu’une instance de choix, c’est une manière de rappeler qu’il ne doit pas renoncer à être cette instance. 
 

Des petits ruisseaux aux grandes rivières


En ce sens, le mythe ne recèle pas nécessairement une vérité. Ou plutôt, il recèle peut-être la vérité d’un tel ou d’un tel. Ses croyances, ce qu’il veut croire, car cela l’aide à mieux vivre. Le bénéfice de l’analyse des mythes est donc de nous amener chacune et chacun à voir que la plupart des choses que nous croyons, nous ne les croyons que parce qu’elles nous aident, à court terme, à vivre. Mais comme souvent, ces croyances sont fantaisistes, elles nous éloignent du réel et, à terme, nous rendent malheureux.

Par exemple, si l’on pense tant que ce qui définit l’éditeur, c’est cette faculté de choisir, c’est une manière pour les éditeurs de dire : eh bien, cela, on ne me le retirera pas. Quand tout m’aura été pris, il me restera cela, je suis celui qui choisit. En ce sens, si les éditeurs souffrent de n’être perçus que comme ceux qui choisissent, c’est parce qu’ils se définissent comme, d’abord, ceux qui choisissent. C’est la matrice des mythes. 
 

Participer à un plus grand dessein


À cet égard : un mythe, c’est à la fois un roman général, et des épisodes isolables. En ce sens, il faut distinguer les mythes des légendes urbaines de l’édition, qui sont simplement des illustrations du mythe général. Les légendes urbaines, par exemple : tel éditeur reçoit ce futur best-seller, dit, c’est nul, et, quelques mois après, le livre est un succès. Je ne vais pas étudier toutes ces légendes, par manque de temps.

Ce qui m’intéresse, c’est comment ces légendes font système, un système de mythes, le mythe de l’édition. Ces légendes ne fonctionnent que parce qu’elles sont conformes au mythe.

Je vais aussi mettre de côté les « mythes » qui n’en sont pas, qui sont juste une ignorance naturelle des mécanismes de l’édition par les personnes qui sont extérieures à l’édition. 

Enfin, de manière générale, ce qui m’intéresse aussi est de montrer combien les mythes ont des effets sur le réel. Par exemple, les libraires sont parvenus, collectivement, à créer une image positive de leur métier. Au point qu’il devient impossible que le libraire puisse faire le mal. Plus concrètement : comme dans tout métier, il y a des personnes avec une haute éthique professionnelle, et des personnes avec un peu moins d’éthique. L’impression que j’ai parfois est que la pulsion de généralité nous fait percevoir les libraires, quelle que soit l’éthique de chaque libraire individuel, comme des héros du monde contemporain.
 

Confiance, ou défiance ?


Et, à l’inverse, il me semble que la pulsion de généralité, quand on en vient aux éditeurs et éditrices, fait le portrait d’un maillon fort peu respectable de la chaîne du livre.

Mais peut-être que je ne dis cela que par dépit, en pensant à toutes les fois où je me suis froissé, quand le premier échange avec un écrivain en herbe a été entaché d’hostilité, car ledit écrivain pensait que l’éditeur était nécessairement un jean-foutre, un margoulin, un paltoquet, un Germanopratin, un snob, un élitiste, un exploiteur, un arnaqueur, un illettré, un analphabète, un jésuite, un radin, un voleur, un incompétent, un aveugle, une sangsue, un parasite, un âpre au gain, un corrompu, un salopiau, un salaud.

Je me demande parfois, pourquoi, si certains ont une si faible estime de nous, ils consentent à nous adresser leurs textes. Certains y ont renoncé et s’autopublient.

Peut-être que je me pose des questions sur les mythes de l’édition, non pas pour les démasquer en rétablissant la vérité, mais pour substituer aux mythes qui nous desservent, des mythes plus positifs.

 
 
Épisode IV : la noire légende du camembert
 

Précédemment : Le métier d'éditeur : éditer, c'est choisir


Dossier - Le métier d'éditeur : mythes et légendes au pays des histoires


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