Rentrée littéraire : La fashion week des libraires

Le Nom de la rose réécrit pour les neuneus du numérique ?

Clément Solym - 18.07.2011

Edition - Les maisons - umberto - eco - nom


Et en même temps, qui pourrait le blâmer, le père Eco, qui estime que son Nom de la Rose mériterait peut-être un coup de peinture et une dose de simplification ? Le livre lui appartient, non ? Alors s'il lui prend l'envie de le rendre plus accessible aux lecteurs du XXIe siècle, quid ?

C'est ainsi, avertit-il, qu'une nouvelle édition du roman devrait sortir dans les librairies, le 5 octobre prochain. Près de trente ans après, et que quelque 30 millions d'exemplaires écoulés, voici que le thriller médiéval le plus complexe de l'histoire humaine ressortira, dans une version plus simple. Il coûtera 16 € et conservera le même titre, pour ne pas trop brouiller les pistes.

L'idée du romancier est que ceux qui ne connaissent son travail qu'au travers de ce qu'ils ont pu en lire sur le net ne soient pas effrayés par avance de la difficulté de la langue ou de la complexité de certains passages.

Si les détails de cette grande révolution ne sont pas encore donnés, la seule garantie est que l'intrigue ne changera pas du tout et que le franciscain Guillaume de Baskerville conservera ses petites lunettes de détective.

Expliquant la manière dont la rédaction de ce roman lui était venue, Eco avait simplement dit qu'il avait eu envie de tuer un moine...

L'indignation qui (se) grouille...

Évidemment, le Baron Assouline de la République n'a pas manqué de sauter sur l'occasion. Trop belle.
Eco se serait-il cyniquement convaincu que les jeunes générations du début du XXIe siècle largement numérisées sont déjà moins cultivées que les précédentes au point de leur proposer un Nom de la rose pour les nuls avec qu’il faut de liens hypertexte pour pallier leur ignorance crasse ?

On voit ce que la librairie, l’édition et l’auteur peuvent y gagner, mais la littérature ? On aimerait après cela écouter le professore Eco expliquer à ses étudiants les nécessités de l’écriture, l’économie interne d’un récit, les exigences d’un texte.
Mais c'est que Eco n'a pas parlé des digital natives du tout, et que le Baron devrait ranger son fatras de Marlbrough s'en va-t-en-guerre. Parce que justement, Eco a une vision de l'internet plus qu'intéressante, et de la transmission de la chose culturelle, par son biais, qui ne manque pas non plus d'intérêt. « Internet nous a renvoyé à l'alphabet », expliquait-il.

Et si Eco se veut cynique, doit-on lui tirer la langue ou lui claquer la porte ? N'est-il pas connu que le niveau baisse d'année en année - et que ce genre de bêtise se trouverait chez notre petit baron sans peine ? Après tout, peut-être est-ce là un coup médiatique de la part du romancier ? Est-ce qu'avant de s'insurger - même si l'époque apprécie l'insurrection et l'indignation - il ne serait pas profitable de lire et d'ensuite commenter ?

Qu'Eco veuille être lu par des paresseux semble bien utopique, parce que lesdits paresseux ne feront probablement pas l'effort d'acheter le livre. Qu'on laisse Eco tranquille. Et donnez-nous sa nouvelle version, que l'on voit de quoi il en retourne.