Les livres pour enfants, désespérément stéréotypés

Antoine Oury - 24.09.2013

Edition - Les maisons - livres jeunesse - stéréotypes - mâle blanc


L'université de Wisconsin-Madison, et plus précisément son centre destiné aux livres pour enfants, révèle dans un rapport quelques tendances de cette catégorie de l'édition, qui reste également l'une des plus lucratives. D'après leurs données, la représentation des diversités serait catastrophique, avec très peu de place laissée aux ethnies et sexes autres que ceux du garçon blanc, caucasien jusqu'au bout des dents de lait.

 


Child drawing in a book. [front]

Il faut corriger soi-même ? (Boston Public Library, CC BY 2.0)

 

 

Le résultat le plus frappant concerne probablement la représentation des enfants Latinos : seuls 3 % des ouvrages publiés font apparaître des personnages appartenant à cette ethnie, ou sont écrits par un Latino, alors que près d'un quart des enfants scolarisés aux États-Unis sont Latinos. Alors, certes, l'enfant doit apprendre la différence en s'identifiant à des personnages qui ne lui ressemblent pas forcément, mais quelques attaches, pour commencer, seraient les bienvenues.

 

D'autant plus que le type caucasien semble toujours dominant dans la plupart des publications : sur les 5000 livres jeunesse et Young Adults publiés en 2012, 3,3 % font intervenir un Afro-Américain, 2,1 % des Asiatiques, 1,5 % des Latinos, 0,6 % des Amérindiens.

 

Mais l'ethnie et la nationalité ne sont pas les seules caractéristiques invariables au sein des livres pour enfants. Toujours selon le même rapport :

  • 57 % des livres pour enfants publiés chaque année ont un personnage principal masculin, 31 % féminin.
  • Dans les livres pour enfants avec des animaux, 100 % d'entre eux comportent des mâles, 33 % seulement des femelles.
  • Le volume approximatif des livres pour enfants comportant un nom masculin dans le titre est 36,5 %, contre 17,5 % pour les noms féminins.

Outre-Atlantique, on compte évidemment sur les bibliothèques pour changer la donne, en faisant rentrer dans leurs fonds des ouvrages un peu plus diversifiés. Vaunda Micheaux Nelson, bibliothécaire, note que plus de diversité « apprend à apprécier les différences, mais également à voir les points en commun, et ainsi les autres cultures ne sont plus simplement vues comme "étrangères" ».

 

D'après elle, la situation changera avec la démographie et une meilleure répartition des responsabilités économiques : « Est-ce que cela changera avant que ma fille ne soit grande ? Probablement pas. »