Let's dance : la rentrée littéraire, boule à facettes et pattes d'eph'

Béatrice Courau - 08.09.2017

Edition - Les maisons - Rentrée littérature musique - David Bowie musique - musique pouvoirs magiques


Ah, la petite musique des mots sur les pages, comme une partition alternant les rondes et les silences... De la musique avant toute chose, criait Verlaine à la Lune, les soirs de temps pourri. Eh bien, voici que la rentrée littéraire exauce les vœux du poète transi : ça va swinguer dans les librairies !

 

Sukita Bowie: Speed of Life
Brandon Carson, CC BY 2.0

 

 

Éric Romand – Mon père, ma mère et Sheila

 

Comment résister ? D’ailleurs, pourquoi simplement tenter de résister à cet écho entre la ouate et les paillettes. Autant les gamins des années 80 seront sacrifiés sur l’autel du désœuvrement, autant ceux des années 70 ont probablement goûté au meilleur de la fin du siècle. La musique, salvatrice, à bien des égards... Quand la chanson populaire rime avec madeleine proustienne – non, ok, ça rime pas. Mais vous voyez bien le principe...

 

 Jean-Michel Guenassia – De l’influence de Bowie sur la destinée des jeunes filles

 

Ah David ! Quel chanteur pour mieux incarner une folie douce, parfois suave et sensuelle, et pourtant, garder l’humour de l’autodérision et la confiance en l’avenir ? Hein, pas mal, le Bowie. Créature fascinante et androgyne, c’est lui que Paul va rencontrer : ce jeune garçon, aux deux mamans, et sans père identifié, part à la découverte de Mars, sur des sons fous...

 

Kei Miller – By the rivers of Babylon (trad. Nathalie Carré) 
 

Pour autant que l’on puisse fuir le moindre cliché quand on parle de Jamaïque, le roman de Kei Miller parvient à brosser le tableau d’un pays qui, en 1982, vit pleinement au rythme rasta. Mais en entrant à l’école, Kaia devra renoncer à tout ce pan de la culture. Évidemment, le titre nous fait entendre Boney M, et, pourtant, c’est presque Bob Marley qui chante. Ou plutôt, Alexander Bedward, prédicateur de Saint Andrew, que la grand-mère de Kaia a bien connu. C’était au début du XXe siècle, sur une île encore luttant contre le gouvernement colonial britannique...

 

Sonia David – David Bowie n’est pas mort
 

Les plus grandes voix sont éternelles, c’est ainsi qu’on les retrouve par delà les années. Ce roman familial, parcouru de décès, s’appuie une fois encore sur la musique du chanteur pour faire rejaillir les années d’antan. C’est tout ce pouvoir magique que les chansons exercent, en ravivant le passé et lui redonnant si facilement vie. Trois sœurs, trois morts – dont celle de David. Mais la vie demeure, face au deuil.  

 

Xavier-Marie Bonnot – Le dernier violon de Menuhin

 

Quand on parle de violon, on n’entend qu’un seul trait, fulgurant et virtuose : celui de Sir Yehudi Menuhin. Ou de Stéphane Grappelli. Mais pour Rodolphe Meyer, artiste alcoolique, c’est le fantôme du premier qui hante sa vie d’artiste, désormais brisée. Au poète illuminé on propose un dernier vers, mais que dire quand vire un joueur de violon dingue ?

 

Franck Balandier – Gazoline Tango 

 

Misère : imaginez une existence polluée par toute forme de nuisance sonore, à l’exception d’une musique, celle de Jean-Sébastien Bach. Benjmain Granger n’avait rien demandé à personne, mais la triste et nuisible réalité est là : le moindre son est un supplice. En attendant la délivrance qui viendra à 33 ans, comme le Christ (il en est certain) et les trompettes du paradis, Benjamain cherche le silence terrestre.... 

 

Maria Ernestam – Le pianiste blessé (trad. Anne Karila)

 

Cette fois, c’est vers les nuages, presque ceux de Baudelaire, que l’on se dirige. Deux amies, fâchées depuis longtemps, ont pris des chemins de vie distincts. L’une est professeure de musique, l’autre écrivaine. Mais un passé douloureux les accable. Et comme s’il fallait croire à la magie de la musique, c’est la rencontre avec un pianiste, dans un hôtel de Langkawi, en Malaisie, qui va leur apporter... des réponses ? Non. Peut-être un nouvel accord, mineur ou majeur...

 

Anna Hope – La salle de bal (trad. Élodie Leplat)
 

Au début du XXe siècle, bientôt maudit de guerres et de morts, un asile de fous, dans le Yorkshire, s’ouvre à un nouvel hiver. Et une nouvelle venue. Ella, qui n’attend que de quitter les lieux, finira par trouver ici comme un écho réconfortant – un air connu, rassurant. D’ailleurs, chaque vendredi, on danse, parce que la musique, elle, toujours, fait oublier, virevolter, danser... Mais dans un asile, à cette époque, le chef d’orchestre peut tout aussi bien travailler à des projets médicaux terribles...

 


 

Éric Romand – Mon père, ma mère et Sheila – Éditions Stock – 9782234083578 – 14,50 €
Jean-Michel Guenassia – De l’influence de Bowie sur la destinée des jeunes filles — Editions Albin Michel – 9782226399137 – 20 €

Kei Miller – By the rivers of Babylon (trad. Nathalie Carré) — Editions Zulma – 9782843048005 – 20,50 €

Sonia David – David Bowie n’est pas mort — Editions Robert Laffont – 9782221200285 – 17 €

Xavier-Marie Bonnot – Le dernier violon de Menuhin — Editions Belfond – 978-2714478061 –18 €

Franck Balandier – Gazoline Tango — Editions du Castor Astral – 9791027801114 – 19 €

Maria Ernestam – Le pianiste blessé (trad. Anne Karila) – Editions Gaia – 9782847207934 – 24 € 

Anna Hope – La salle de bal (trad. Élodie Leplat) – Editions Gallimard – 9782072688720 – 15,99 €

 

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