Manuel scolaire : les éditeurs priés de débusquer les stéréotypes

Nicolas Gary - 10.10.2015

Edition - Les maisons - stéréotypes filles garçons - manuels scolaires


Soucieuse de bien faire, la ministre de l’Éducation nationale Najat Vallaud-Belkacem, a annoncé le 7 octobre dernier, qu’elle voulait lutter contre la discrimination dans les manuels scolaires. Les éditeurs sont ainsi priés de « ne pas porter ou conforter des stéréotypes préjudiciables à l’égalité filles-garçons ». Gare aux yeux, donc, on s'apprête à sévir.

 

Washington Redskins Cheerleaders, after an 1898 Lithograph

Mike Licht, CC BY 2.0

 

 

Bien entendu, la rue de Grenelle est très « attachée à la liberté éditoriale des éditeurs des manuels scolaires » et il n’est pas question de venir mettre son nez dans les productions. En revanche, un dialogue a été instauré autour des stéréotypes véhiculés « afin qu’ils tiennent compte des recommandations produites sur cette question, en particulier celles du centre Hubertine Auclert, pour sensibiliser les auteurs des futurs manuels à cet enjeu ».

 

Et la ministre de poursuivre : 

 

Les nouveaux programmes de l’enseignement moral et civique, et ceux en cours de validation, qui conduisent à une révision des manuels du CP à la 3e dans toutes les disciplines sont une occasion importante pour améliorer les manuels et ainsi prévenir les discriminations et stéréotypes qui alimentent les inégalités entre les élèves et contribuent à limiter, de fait, leur liberté et leurs ambitions en termes d’études, de choix de filières et plus tard de métiers.

 

 

Femme, OK, mais pas trop envahissante

 

L’égalité entre filles et garçons doit se retrouver dans les pages des livres, et les manuels ne doivent donc pas prêter le flanc à la critique. Et tout cela intervient peu de temps après la publication par le Centre Hubertine Auclert, évaluant les manuels de lecture pour classes de CP. Les conclusions portent sur un corpus de22 manuels, parus entre 2008 et 2015, issus de 10 maisons d’édition. 

 

« Les manuels de CP sont mixtes, mais pas paritaires : les femmes et les filles y sont sous-représentées. En outre, les personnages féminins sont limités dans leurs activités et les personnages masculins sont plus diversifiés, mais demeurent traditionnels », affirme le Centre. (voir l’étude dans son intégralité en fin d’article)

 

Ainsi, dans ces manuels, les femmes ne sont que 3 % à avoir un métier scientifique, voire sont à 70 % représentées en train de faire le ménage ou la cuisine. Et de toute manière, ne sont que 33 % à faire du sport. 

 

Dans le domaine de « l’imaginaire », très présent dans le corpus, deux carrières s’offrent aux femmes : « princesses » ou « sorcières », alors que les hommes sont des « rois ». Les hommes sont également surreprésentés parmi les monstres (87,5 %).

 

 

Et le seul contre exemple est tellement rare qu’il fait l’objet d’une appréciation spécifique : 

 

On trouve quelques exemples positifs de représentation parmi les personnages féminins, en particulier dans le cas de deux femmes : une petite fille qui s’affranchit des stéréotypes en étant « l’aventurière de la bande », libre et fougueuse, et une femme, seule figure non maternelle du corpus, qui mène une vie indépendante et dont l’apparence physique n’est pas stéréotypée

 

 

Voilà dans quel contexte les enfants apprendraient donc à lire, et évidemment, à l’approche des nouveaux programmes qui entraîneront la création de nouveaux manuels, Najat Vallaud-Belkacem intervient. 

 

Et le Centre d’embrayer d’ailleurs avec des preconisations assez essentielles pour guider la création des nouveaux manuels, qui devraient arriver pour la rentrée scolaires de 2016-2017. La première d’entre toutes, « Assurer une représentation équilibrée des filles et des garçons, des femmes et des hommes », ferait presque mal au coeur.

 

Les éditeurs sont plus que priés d’en prendre connaissance, insiste le Centre : « Les manuels scolaires devant être des outils de transmission de savoir et de valeurs c’est à dire des outils de transmission de l’égalité entre les femmes et les hommes, les Maisons d’édition sont invitées à lire et intégrer les 10 recommandations issues de l’étude. »

 

Qu’on se rassure, donc, le Petit chaperon rouge ne craint rien, pas plus que Cendrillon : ce serait d’ailleurs même l’occasion de produire la version masculinisée de ces contes. L’époque est à cela, même Stephenie Meyer en manque d’inspiration, a décidé d’inverser les sexes de ses personnages dans son nouveau livre Twilight...

 

 

 


Pour approfondir

Editeur : Marabout
Genre : stéréotype (...
Total pages :
Traducteur :
ISBN : 9782501064446

Pourquoi les femmes ne savent-elles pas se garer ? une psychologie des stéréotypes

de Geoff Rolls

Examiner les stéréotypes sous l'angle physiologique et psychologique pour en révéler le fondement. * Les belles-mères sont-elles toutes des harpies et les hommes politiques des menteurs ? * Les femmes ont-elles quand même le sens de l'orientation? * Les hommes préfèrent-ils les blondes ? Autant de stéréotypes que Geoff Rolls s'attache à décortiquer avec psychologie et tout en finesse dans cet ouvrage aussi intelligent que surprenant.

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