Pape Satàn aleppe : le dernier livre d'Umberto Eco sortira cette semaine

Nicolas Gary - 22.02.2016

Edition - Les maisons - Umberto Eco - recueil essais posthume - Nave Teseo


Le décès d’Umberto Eco a précipité les choses : le romancier italien avait décidé de suivre son éditrice, Elisabetta Sgarbi, et de quitter la maison Bompiani – filiale de RCS Libri. Dès les premières informations de rachat par Mondadori de RCS, Eco s’était fermement opposé. Et pour montrer sa résistance, il s’embarquait dans la création d’une maison d’édition indépendante, La Nave di Teseo. Laquelle vient d’avancer la parution du nouveau livre d’Eco. 

 

Umberto-Eco-livre

 


Pourquoi s’engager dans cette « galère », quand bien même ce serait celle de Thésée ? « Parce que ce projet est la seule alternative à la Settimana Enigmistica, le seul vrai remède contre la maladie d’Alzheimer », assurait Eco, en novembre 2015. La référence au périodique italien qui propose des mots croisés et autres sports cérébraux n’était certainement pas très enthousiasmante pour lui.   

 

La Nave di Teseo avait prévu de faire paraître en mai prochain le livre Pape Satàn aleppe. C’est un recueil d’essais écrits entre 2000 et aujourd’hui, précise Elisabetta Sgarbi. Sous-titré Chroniques d’une société liquide, il parle de multiples sujets d’actualité. Un texte qui s’inscrit dans la lignée des théories développées par Zygmunt Bauman, sociologue britannique et polonais. Par cette expression qu’il emploie dès 1998, il désigne une structure sociale où l’individu s’intègre, de par sa consommation : l’acte d’achat devient le vecteur de toutes les définitions et positions que l’être peut alors avoir. (voir Wikipedia)

 

Des réflexions prolongées par Eco, indique Sgarbi, pour qui la publication répond aux besoins d’une société en crise face aux idéologies. 

 

« Nous avons travaillé ensemble durant 25 ans. Et nous avons récemment créé ensemble La Nave di Teseo [... le] dernier geste d’Eco au nom du respect de la pluralité de l’offre et de la protection des droits d’auteurs et des éditeurs », indique la dirigeante. Et de revenir sur les propos tenus à plusieurs reprises par Eco : selon lui, la constitution de Mondazzoli [mot-valise pour désigner la fusion de Mondadori et Rizzoli, maison emblématique de RCS Libri] allait concentrer le marché de l’édition dans les mains de quelques-uns.

 

Le livre sortira donc en fin de semaine, et l’on se souviendra de la joie d’Eco, lors de l’annonce officielle : « Nous sommes fous, nous disons au revoir à Mondazzoli. »

 

La Nave di Teseo ne s’arrêtera d’ailleurs pas à cette parution posthume : la directrice souhaite créer une lecture de ses textes, dans une grande bibliothèque. D’autres hommages sont également prévus. Dans un premier temps, le recueil d’essais va envahir l’Italie, ultime témoignage, pour l’instant, de l’écrivain aux multiples talents.

 

« Son petit-ils lui avait demandé “Pourquoi le fais-tu ? Pourquoi tu fondes une nouvelle maison d’édition ?” Et il lui a répondu simplement : “Parce qu’on le doit.” Ici, dans cet échange, on trouve toute son exemplarité, sa grande conviction et le besoin qu’il avait de se battre et défendre les idées auxquelles il croyait », conclut Elisabetta Sgarbi. (via LaPresse)

 

 

 

Le titre Pape Satàn aleppe, est une référence directe au livre 7 de L’Enfer de Dante. Si les commentateurs modernes y lisent une sorte d’invocation satanique, l’interprétation de ce seul vers – « Papé Satàn, papé Satàn aleppe » – laisse une immense part d’inconnue. Papé serait une sorte d’interjection, exprimant la surprise ou la colère, tandis que Aleppe ferait référence à la lettre hébraïque Aleph. Difficile de ne pas y retrouver l’immense savoir d’Eco, qui en avait probablement sa propre interprétation.