Photo en librairie, achat sur Amazon : comment “chier” sur un libraire

Clément Solym - 19.12.2018

Edition - Librairies - librairie showroom livres - achats internet clients - showroom livre internet


Entre les présidents de région qui menacent de priver les libraires des revenus liés aux manuels scolaires et la concurrence d’Amazon, les établissements sont malmenés. La pire difficulté rencontrée reste le showrooming : ces clients qui viennent, regardent et notent... pour acheter sur internet.

Sans titre
Malicali, CC BY ND 2.0


Une menace pour l’industrie, affirment les librairies, et dans le Guardian, cette pratique est dénoncée avec ferveur. On évoque le cas de la librairie Foutain, à Richmond (Virginie), qui s’est fendue d’un tweet ravageur : 
 


Kelly Justice a vu son message largement repartagé, à plus de 46.000 reprises : le soutien existe, mais pourquoi le comportement ne semble plus suivre ? Or, la conversation qui a découlé de ce tweet a vu s’opposer assez nettement ceux qui reconnaissaient l’insulte et la grossièreté et ceux pour qui il était légitime d’agir de la sorte. 

Sian Cain, qui s’occupe de la rubrique livre du Guardian, apporte son propre témoignage : « Quand j’étais libraire, je voyais souvent des clients sortir leur téléphone pour prendre des photos des livres qui leur plaisaient. Certains ont eu la décence d'avoir honte de leur geste. » Et le plus malotru aurait pourtant l’audace de demander pourquoi le même ouvrage coûtait 2 £ de moins en ligne. 
 
Et de souligner, avec un certain sens de l’image : « Au moins, si quelqu’un défèque dans votre boutique, il ne dit pas : “Regardez ce que vous m’avez fait faire.”. »

Dave Kelly, de la librairie Blackwell à Oxford, apporte de l’eau au moulin : « J’aimerais pouvoir crier sur les clients qui se comportent ainsi, et leur déballer la fiscalité, les auteurs, les petits éditeurs, mais notre philosophie est de les traiter avec tact et délicatesse, même lorsqu’ils agissent de manière aussi déplacée. »

Pour elle, le public saisira tôt ou tard les dommages causés « par les entreprises telles qu’Amazon aux petites structures et au secteur de la création. Et avec un peu de chance, les librairies seront toujours là pour fournir les livres qu’ils aiment. »

Lueur d’espoir – mais on se raccroche à ce que l’on trouve –, Claire Williams, de la London Review Bookshop, indique que certains clients viennent expliquer leur geste. Ils prennent des notes, plus facilement avec une photo, et assurent ne pas pratiquer le showrooming
 

Conseil, écoute et prix unique


Bien entendu, une pareille pratique est rendue possible par l’absence de prix unique pour les livres au Royaume-Uni, ainsi que dans d’autres territoires. La France est assez enviée pour cette législation par laquelle les éditeurs peuvent fixer un prix de vente, avec une unique remise possible de 5 %, sous certaines conditions. 

Si la pratique se répand dans l’Hexagone, c’est donc avant tout par manque d’information : un livre neuf coûte le même prix en librairie et sur internet. Cependant, la pratique du shoowroming découle d’une volonté de trouver le livre au prix le plus bas. À ce titre, l’offre d’occasion, où des livres sont présentés « comme neuf », tout en étant de seconde main, peut entretenir cette confusion.
 
Avec cette éternelle différence pointée entre Amazon et un libraire : le premier est incapable de trouver une réponse potable à une demande du type « je ne connais ni le titre ni l’auteur, mais il est sorti voilà trois mois et la couverture est bleue », conclut-elle. 


Commentaires
J'achète en librairie, je boycotte Amazon ! Je photographie régulièrement des livres croisés par hasard et qui me plaisent. Parce que je ne peux pas tout acheter le même jour et que ce geste me sert de mémoire smile
Je n'aime pas Amazon. J'adore les librairies, depuis toujours. Ou les bibliothèques.

Mais que faire quand on vit dans un endroit où il n'y a pas de librairie ?

Q
J évite autant que possible les achats sur Amazon. fr (il m arrive de commander en Allemagne ou en Italie des livres que je ne peux pas trouver en France ), mais je prends de temps en temps des photos en librairie : quand je n arrivé pas à me décider. Mais si je finis par me décider à acheter le livre, je reviens dans la librairie où j'ai pris la photo.
Je boycotte Amazon depuis peu. J'ai un compte chez eux. Je vais sur le site pour voir les nouveautés, les avis sur les ouvrages et si ça me plait je les mets dans ma liste d'envie. Je n'ai pas les moyens d'acheter en librairie donc je privilégie les boites à lire, les prêts entre collègues et les emprunts à la médiathèques. Quand j'achète, c'est en priorité sur Recylivre.
Moi qui croyais que les librairies étaient devenus des espaces de vie et qu'on avait résolu cette question du showrooming avec les hordes de lecteurs BD dans les rayons (et que ce n'était plus un problème).

Au cas où : le showrooming touche tous les commerces physiques, et les librairies, n'en déplaisent à certains, sont des commerces.

Que ce soit malpoli, certes, mais il n'y a rien d'illégal (et il faudrait pas glisser en mode "un livre pris en photo = une vente perdue", parceque ça suffit ce mode de pensée)
@valérie : vous faites probablement plus de mal à la chaine du livre en achetant chez Recyclivre que sur Amazon (tva, prix unique, rémuinération de l'auteur ...). Mais chut, c'est Amazon le grand méchant.
J’aime beaucoup acheter les livres d'occasion, et pour ça Internet aide beaucoup.
@tarik : vous avez raison. Cependant, je lis 40 à 50 livres par an et mon salaire ne me permet pas de tous les acheter en librairie. De plus, j'aime l'idée d'avoir entre les mains un livre qui a une histoire, du vécu. Quand j'achète du neuf, c'est en librairie.
Je note les titres des livres chez le libraire quand ils sortent. Je fais une recherche sur internet pour voir les avis (Babelio ou autres) et je les achète environ 1 an après quand ils sortent en poche (dans ma librairie bien sur). Pour un gain de place et d'argent...
@valérie : je me retrouve bcp dans notre description. Sauf que j'emprunte en bibliothèque plutôt que d'acheter d'occasion. Ce qui permet malgré tout de mieux soutenir la chaine du livre, et notamment les auteurs (via le prêt payant et la Sofia). Ceci étant, chacun fait ce qu'il peut. Je cherchais simplement à mettre en exergue qu'Amazon fédére contre lui, alors que d'autres acteurs sont bien plus préjudicale pour l'économie du livre (mais pas pour les lecteurs).

Lisons, d'occaz, en numérique, en poche, grâce à Amazon, au libraire du coin ou à la simple maison de la presse rurale.

Lire, ce n'est pas forcément acheter du neuf en librairie indépendante.
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