Livre audio : pour écouter à l'oeil, rien ne vaut YouTube

Antoine Oury - 02.07.2015

Edition - Les maisons - livres audio - YouTube - piratage


Le marché du livre audio, en France, en est toujours au stade de la naissance : le produit éditorial représente « plus ou moins 1 % du marché total du livre en France (0,3 % pour le seul livre audio adulte), en valeur » rappelait le Syndicat National de l'édition le mois dernier. Le lancement du label Hardigan, chez e-Dantes, montre tout de même que les acteurs et les envies ne manquent pas... Comme souvent, pour ne pas écrire toujours, le piratage est courageusement tapi, et l’on peut écouter gratuitement — et illégalement — quelques best-sellers sur... YouTube.

 

Paulo Coelho Youtube

(ActuaLitté, CC BY SA 2.0)

 

 

Le piratage de livres numériques n'est pas encore aussi populaire que celui des films ou de la musique, principalement parce que les usages en la matière n'ont pas décollé. Malgré tout, l'inquiétude est vive, du côté de l'édition, puisque les livres numériques, très légers, peuvent être téléchargés en quelques secondes.

 

Si l'on est amateur de livres audio, inutile de chercher un obscur site de pirates : YouTube est à portée de main. Une simple recherche « livre audio français » suffit : les premiers résultats sont tout à fait légaux, puisqu'il s'agit d'œuvres du domaine public. On découvre ainsi Le Tour du Monde en 80 jours, Les Misérables ou encore Les Liaisons dangereuses. Dans le domaine, le site LibriVox est particulièrement actif, avec de nombreuses vidéos monétisées.

 

 

 

Mais un peu de scrolling sur la page des résultats révèle rapidement d’autres titres : Le Petit Prince, de Saint-Ex, version lue par Bernard Giraudeau (Gallimard Jeunesse), Le trône de fer, de George R.R. Martin, version lue par Bernard Métraux (Gallimard) ou encore Le Nom de la Rose, de Umberto Eco, lu par François d’Aubigny (Audiolib) et L’Alchimiste, de Paulo Coelho.

 

Essentiellement des best-sellers, donc.

 

Bien entendu, les vidéos sont monétisées, à l’aide d’une publicité, et ne sont probablement pas le meilleur moyen d’écouter un livre audio : le lecteur YouTube présente souvent des durées entre 7 et 12 heures pour un livre en entier, et il faudra penser à noter scrupuleusement le moment où l’écoute a été interrompue. Mais le tout sans frais...

 

Bien sûr, cette présence massive de fichiers non contrôlés par YouTube (certaines vidéos cumulent des centaines de milliers de vues) offrira un nouvel argument à l’édition et aux ayants droit pour réclamer une responsabilisation de la plateforme, autrement dit YouTube. Mais on pourra également s’interroger sur le travail de lutte contre la contrefaçon mené par les éditeurs, qui laisse passer de si hénaurmes infractions au droit d’auteur...

 

D’ailleurs, sur le point de la responsabilité des hébergeurs, une décision importante, mais sujette à controverse, a été rendue par la cour d’appel de Hambourg, qui assure que YouTube doit s’assurer qu’une vidéo retirée pour violation des droits d’auteur ne soit pas remise en ligne. La législation européenne relative au statut des hébergeurs, qui oblige seulement ces derniers à retirer les contenus identifiés comme des contrefaçons, remonte à l’année 2000 : les ayants droit souhaitent ardemment sa réforme, pour plus de responsabilité des plateformes.

 

Google a souligné qu’il pourrait intenter de nouveaux recours ultérieurement.