Québec : la future maison Gallimard éveille des doutes de légalité

Julien Helmlinger - 20.10.2013

Edition - Les maisons - Gallimard - Maison d'édition - Québec


Au cours du mois d'août, nous apprenions l'ambition du groupe Gallimard visant à ouvrir au Québec une nouvelle maison d'édition généraliste dont le nom reste à définir. Ce mardi la légalité de la manoeuvre a été remise en cause par Frédéric Brisson, responsable du programme de deuxième cycle en édition à l'université de Sherbrooke. Par son billet publié sur le via le blog de l'Association nationale des éditeurs de livres (ANEL), il pointe l'embryon d'un bouleversement de l'écosystème livresque québécois.

 

 

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L'argumentation de Frédéric Brisson repose sur deux principes directeurs de la Politique sur les investissements étrangers dans l'industrie du livre, instaurée en 1974. Le premier fondement pointé limite les investissements étrangers dans une nouvelle entreprise aux co-entreprises sous contrôle canadien, tandis que le second interdit aux groupes étrangers l'acquisition d'une entreprise existante sous contrôle canadien.

 

Selon Brisson, l'application pendant une quarantaine d'années de ces deux principes a eu des retombées « extrêmement positives » au Québec. Il explique que dans la Belle Province les diffuseurs français déjà installés disposaient de droits acquis, mais qu'aucun n'avait lancé de programme d'édition. La concurrence pour attirer les auteurs les plus lucratifs au catalogue ne s'est faite qu'entre éditeurs locaux, alors que l'arrivée d'un acteur français de la carrure de Gallimard « pourrait changer la donne ».

 

Brisson dresse un comparatif entre la situation de l'édition québécoise et celle du Canada anglophone. Dans cette dernière industrie, des filiales d'éditeurs étrangers qui étaient déjà ancrées avant 1974, se seraient ainsi accaparées quelques « vaches à lait » aux dépens des éditeurs canadiens-anglais.

 

Frédéric Brisson estime que l'application de la  Politique en question est laxiste, évoquant notamment l'anecdote de la publication d'un livre sur l'histoire du sport canadien, signé par le premier ministre du Canada, Stephen Harper, et finalement publié chez l'américain Simon&Schuster « qui, depuis, a pignon sur rue » dans le pays.

 

Pour le directeur général de l'Association nationale des éditeurs de livres, Richard Prieur, l'interprétation de la loi protectionniste ainsi que la menace de passage du milieu du livre entre des mains étrangères seraient bel et bien préoccupantes. S'il affirme que l'ambition de Gallimard reste imprécise, il admet néanmoins que « la feuille de route de l'éditeur est rassurante », ajoutant que le groupe a édité par le passé des auteurs québécois qui n'arrivaient pas à se faire publier, comme Réjean Ducharme.