Redessiner Harry Potter, ou l'angoisse de l'illustrateur

Antoine Oury - 09.04.2014

Edition - Les maisons - Andrew Davidson - Harry Potter - Bloomsbury


Andrew Davidson n'est pas en reste sur le plan des illustrations : dans le métier depuis 1982, il a acquis un savoir-faire et une main assurée qui en ont fait l'un des préférés de l'édition. Pour autant, la commande par Bloomsbury de 7 nouvelles couvertures pour une réédition de la saga Harry Potter lui a donné quelques sueurs froides...

(de notre envoyé à Londres) 

 


Andrew Davidson (Harry Potter illustrator) - London Book Fair 2014

Andrew Davidson (ActuaLitté, CC BY-SA 2.0)

 

 

Premier contact, première contrainte : l'illustrateur a reçu la commande de Bloomsbury en avril, pour un rendu en... juillet. Après le temps de la réflexion, Andrew Davidson avait donc sept jours pour réaliser chaque couverture, et pas un de plus. Un défi inhabituel, même si les délais peuvent être serrés dans l'édition, surtout pour un projet de cette ampleur...

 

« Nous devons faire des rééditions régulières de Harry Potter, pour garder la marque pertinente », explique Val Braithwaite, responsable éditoriale chez Bloomsbury. « Pour celle-ci, nous voulions un rendu plus adulte, parce que les livres s'adressent aussi à eux. » Pour Davidson, il s'agissait d'une évidence : « Je voulais que ce livre ait l'air de sortir de la bibliothèque de Poudlard. »

 

Il a donc choisi de recourir à la technique de la gravure sur bois pour réaliser les illustrations de couverture : un choix audacieux, surtout avec le peu de temps qui lui était imparti. Pour sa propre interprétation de Poudlard, il s'est inspiré des traits sur la couverture d'un ouvrage sur l'architecture, datant du XIXe. Une sensibilité particulière l'a mené vers ce style, puisque son grand-père était lui-même architecte.

 

Deuxième contrainte : le design des couvertures réserve une grande place au titre, particulièrement voyant, et ne laisse qu'un petit espace dans le coin supérieur gauche totalement libre. Si l'illustration occupe toute la page (la typographie est en surimpression), l'illustrateur a dû se concentrer sur cet espace restreint pour les éléments principaux.

 

 

Harry Potter Books - Bloomsbury

(ActuaLitté, CC BY-SA 2.0)

 

 

« J'ai choisi de ne pas faire figurer de personnages sur les couvertures : il y a des créatures, mais y faire figurer tel ou tel individus du livre aurait suscité trop de polémiques chez les fans », souligne Davidson. Par ailleurs, impossible de reprendre les traits popularisés par les films, l'inverse conduisant systématiquement à des « menaces légales ».

 

Andrew Davidson s'est ensuite enfermé dans son chalet écossais pour réaliser les gravures, puis les dessins, titre après titre, au cours de journées de travail de 14 heures... Les dessins préparatoires passaient évidemment sous les yeux de l'éditeur, mais aussi ceux de J.K. Rowling, « par laquelle tout ce qui touche à Harry Potter est validé », souligne Val Braithwaite.

 

Le processus de la gravure est aussi coûteux que minutieux : à l'aide d'une trentaine d'outils, Davidson a sculpté les 7 dessins sur des blocs de bois, se heurtant parfois à quelques difficultés, notamment pour la couverture du dernier tome, représentant le serpent de Voldemort. « Les serpents ont un motif extrêmement régulier sur toute la longueur de leur corps, et j'ai manqué la perspective sur mon premier bloc, ce qui est une erreur très coûteuse », se souvient Andrew Davidson.

 

 

Andrew Davidson (Harry Potter illustrator) - London Book Fair 2014

Andrew Davidson et le bloc de bois ayant servi pour le dernier tome de Harry Potter

(ActuaLitté, CC BY-SA 2.0)

 

 

Au fil des tomes, l'illustrateur chevronné a encore pu s'améliorer : il a (re)découvert la sensibilité de l'encre placée sous presse, et les différentes nuances de gris qu'il est possible d'obtenir avec cette technique. « Les tomes deviennent de plus en plus sombres, et je dois dire que la gravure était particulièrement appropriée pour rendre cette évolution. »

 

Et quand on demande au dessinateur quelle couverture il aurait lui-même designé pour la réédition, sa réponse ne prend pas de détour : « Juste les illustrations, avec les informations sur la tranche »...