Salon du livre : une histoire de l'édition au Mexique

Clément Solym - 15.03.2009

Edition - Les maisons - salon - livre - Mexique


Nul n’est censé ignoré que l’invité d’honneur du Salon du livre 2009 est le Mexique. L’historien Serge Gruzinski est venu, à cette occasion, présenter une petite histoire de l’édition mexicaine. Et quand on parle d’édition dans ce pays, le Fondo de cultura economica apparaît comme la maison incontournable.

Un pays pionnier :

En matière d’édition, le Mexique a toujours été un état précurseur au sein de l’Amérique du Sud. Dès le XVI° siècle, les premiers livres européens arrivèrent dans ce pays. A partir de 1539, des éditeurs français, italiens et allemands s’installent au Mexique pour proposer des traductions des ouvrages publiés en Europe.

Rapidement, d’un simple travail de traducteur, ces maisons vont s’orienter vers l'édition d'une création locale. Mais il est intéressant de garder à l’esprit que les premiers livres de philosophie de culture européenne à être publiés hors du continent européen le seront au Mexique. Le pays voit l’apparition d’un véritable marché du livre. Pour qu’il en soit de même chez ses voisins, il faudra attendre jusqu’au XIX° siècle.

Un rôle de passeur :

Le Mexique va alors être amené à jouer un rôle de passeur indispensable. Transmettant la culture européenne jusque chez ses voisins, il devient le berceau du livre en Amérique du Sud. Dès le XVI° siècle, on peut y retrouver d’importantes bibliothèques. Quatre mois après la publication du Don Quichotte en Espagne, le livre se retrouve présent au Mexique.

Ce pays se montre très ouvert sur le monde. Sentant l’importance de ce mouvement, de grands éditeurs français s’implanteront durablement au Mexique dans le courant du XIX° siècle. Les ouvrages publiés en France sont ensuite traduits en espagnol et en portugais puis proposé en Amérique du Sud.

Fondo de cultura economica : une maison étatique

Il faut attendre le XX° siècle pour voir la création de Fondo de cultura economica. C’est en 1934 que cette entreprise d’état voit le jour sous l’impulsion de l’économiste Daniel Cosio qui souhaite, par là, pouvoir proposer tout le savoir scientifique et plus particulièrement économique aux Mexicains. L’état gardera toujours un rôle important dans la maison, passant, selon les gouvernements, d’un rôle de censeur à celui de simple superviseur de la maison.

Fondo de cultura economica va alors grandir dans un climat particulièrement porteur pour connaître ses heures de gloire. Quand les pays voisins du Mexique sont sous la coupe de régimes dictatoriaux, les intellectuels trouveront toujours refuge sur ses terres. Ils publieront ainsi leurs œuvres dans la célèbre maison.

La culture mexicaine à la conquête de l'Oncle Sam :

Désormais, la culture mexicaine se retrouve coupée en deux. Une bourgeoisie de culture latine vit à présent aux Etats-Unis où les Latinos constituent la deuxième minorité du pays. A Mexico demeure des intellectuels mais Fondo de cultura economica a clairement compris qu’il était impossible de laisser de côté le marché américain.

Cette histoire éditoriale, unique sur l’ensemble des états constituants l’Amérique du Sud est trop souvent passée sous silence. On garde, à tort, une image du Mexique comme étant le pays de la drogue et des belles plages touristiques. C’est oublier trop vite le rôle que cet état a joué dans la transmission de la culture européenne au sein des pays latino-américains.