Dargaud réclame des liens vers ses BD aux journaux internet

Clément Solym - 15.02.2012

Reportage - internet - référencement - articles


Les communiqués de presse de fin de matinée ont rarement la saveur d'une vilaine tentative d'assimiler la presse internet à une vache à lait. Et pourtant, les éditions Dargaud viennent de tenter le tout pour le tout. Avec manifestement dans l'idée que ça passerait sans trop de difficultés. Et là, erreur.

 

C'est en effet une communication sur la nouvelle politique de référencement internet des éditions Dargaud, et de la collaboration avec les rédactions web dont il est question. Ainsi, dans le but avoué d'« améliorer leur visibilité sur internet de manière proactive », les éditions Dargaud ont diffusé un How To. L'idée, nous explique-t-on, repose sur une démarche pédagogique, pour apprendre aux rédacteurs et rédactions à bien mettre des liens dans leurs articles, lesquels sont censés renvoyer vers les pages produit du site internet. 

 

Le guide est assez simple et s'accompagne donc d'une recommandation : « Pour chaque article que vous souhaiterez publier, nous vous demanderons de faire au minimum un lien vers notre site internet dans le corps de votre texte, en utilisant le tableau ci-dessus (qui vous sera transmis chaque mois avec les URL correspondants aux nouveautés). Chaque page que nous vous proposons est liée à une ou plusieurs ancres de liens (mots cliquables). Ces ancres de liens doivent servir pour rediriger vers les pages en question. »

 

L'internaute avisé l'aura compris, l'éditeur souhaite améliorer le référencement de ses pages-produits, évoquant une « communication et une information complémentaire », à destination des internautes. 

 

 

 

« En contrepartie, nous vous proposons de relayer vos critiques/articles sur notre site : dans la section « lire les avis » sur les pages web de nos albums, retrouvez une mise en avant de vos articles. » Et le tout, exemple à l'appui. 

 

Pour toute information complémentaire...

 

Contacté par ActuaLitté, Dargaud nous explique que « si l'on profite d'articles, et de très bons articles, sur internet, il s'agit d'une recommandation pour les rédactions web, pour donner une visibilité supplémentaire ». Et d'assurer que leur communiqué n'avait pour vocation que « d'indiquer la meilleure manière d'écrire le lien, plutôt que de mettre un simple renvoi vers la page d'accueil du site ». 

 

Difficile de ne pas objecter que, dans le cas d'une rédaction web, une partie des revenus liés à la publicité découle, justement, de la vente d'un espace publicitaire, lequel contient un lien. En fait, une rédaction web commercialise autant un espace de visibilité qu'un lien redirigeant vers une page produit du partenaire. De fait, l'insertion de liens serait donc une forme de publicité gratuite, qui générera du trafic, sans que l'éditeur du journal n'en tire le moindre bénéfice.

 

Surtout que, sur lesdites pages-produits, Dargaud dispose d'une boutique de vente, pour les oeuvres en papier, comme en numérique, par le biais d'Izneo. Une forme de commercialisation des oeuvres, qui se passe des libraires, sans peine, et que ces derniers pourraient tout à fait avoir du mal à supporter. 

 

 

 

 

Expliquant cette vision, Dargaud nous répond qu'il ne faut pas voir cela comme de la publicité gracieuse, mais bien comme la communication d'informations sur l'oeuvre. 

 

Pas super convaincu

 

Or, une petite heure après notre appel, voici qu'une nouvelle communication intervient : 

 

Nous nous excusons si le mémo envoyé précédemment n'était pas suffisamment clair ou laissait sous-entendre que nous vous demandions de modifier votre mode de fonctionnement.
Ce n'est naturellement pas le cas, nous essayons simplement d'optimiser les liens qui nous sont faits dans les articles qui relaient nos albums (dans le cas où vous faites des liens vers le site de l'éditeur).
Nous avons constaté en effet que bien souvent des liens apparaissent dans les articles chroniquant nos albums mais :

-          ceux-ci renvoient parfois sur la page d'accueil de Dargaud et non l'album chroniqué,

-          parfois le mot cliquable n'est pas le nom de l'album mais le mot Dargaud,

-          ou encore les liens sont insérés du type « http:// » et non en ancre de lien.

Ces trois pratiques n'étant pas optimum pour notre référencement, nous souhaitons simplement qu'à l'avenir, si vous mettez un lien vers le site de l'éditeur (que celui-ci soit dans une « fiche technique » ou dans le corps de l'article), ce lien soit une ancre de lien, sur le titre de l'album, renvoyant vers la fiche de l'album. (nous pourrons vous fournir les urls pour toutes les nouveautés du mois à venir)

 

Autre nouveauté chez Dargaud : nous avons la possibilité de relayer vos articles sur chaque fiche album (nous mettons un extrait de la chronique, la date, le nom du journaliste et naturellement un lien vers cette chronique). N'hésitez pas à signaler à Angèle les éventuelles chroniques de nos albums, nous nous ferons un plaisir de relayer ces chroniques dans ce nouvel onglet « Lire les avis ».

 

Bon, mais de quoi parle-t-on ?

 

La grande question, découlant de toutes ces jolies demandes, n'est cependant pas tant la question de la vente en ligne - qui reste coûteuse pour l'éditeur, de par les frais de ports pratiqués et facturés. Ainsi, la vente en ligne n'est pas le véritable enjeu. Et on le comprend bien, c'est plutôt une politique de maîtrise du positionnement sur le moteur de recherche qui fait frémir. 

 

Prenons un exemple : la recherche «BD XIII», qui livre les résultats suivants : 

 

 

 

 

En clair : le site non-officiel, tenu par un amateur éclairé, sûrement, mais qui n'est pas du tout contrôlé par Dargaud, apparaît sur les deux premières réponses. Ensuite, vient la fiche Wikipedia, puis Bedethèque, et en cinquième position, le site officiel de l'éditeur. « Ça a de quoi faire rager un directeur commercial, évidemment », nous explique un libraire. Et encore, on ne tombe pas sur un lien de téléchargement illégal sur la première page de résultats. 

 

Faire bouger les lignes... éditoriales ?

 

Ce qui peut coincer aux entournures, c'est la tentative, même polie, d'intervention dans la liberté éditoriale des sites. Et le tout, pour faire remonter dans les moteurs les fiches-produits (et gracieusement, soulignons-le tout de même) des titres de la maison. Démarche maladroite, et jeu dangereux, évidemment, mais qui soulèvent une autre question : est-ce vraiment le boulot d'un éditeur que d'arriver en première position ou très haut dans les résultats de recherche, ou devrait-il chercher à publier des ouvrages intéressants, qui trouveront un public ? 

 

Il ne faut peut-être pas attendre des ventes en ligne qu'elles pulvérisent des records. En outre, le site de Dargaud n'affiche pas vraiment un nombre mirobolant de visiteurs. Et quand bien même du trafic supplémentaire serait activé par les liens publiés çà et là, le seul moyen d'en générer spontanément, c'est de disposer de contenu exclusif.

 

On parle ici d'une information, qui deviendrait la source d'un article, pour le cas de la presse, ou nécessiterait d'être relié par un lien, justement. Or, quel intérêt un éditeur peut-il avoir à disposer de contenus exclusifs ? Au contraire, il doit valoriser le travail qu'il réalise autour de ses titres, et être seul à avoir une vidéo, des extraits ou autre ne fait pas vraiment sens.

 

« La mission de l'éditeur, c'est d'entraîner des acheteurs vers les BD qu'ils pourront se procurer, et sûrement pas de gagner en trafic par des résultats de moteur de recherche. Le trafic, c'est important pour les sites de vente, ou dans le cadre d'une campagne publicitaire, pour savoir quels sont les retours sur l'investissement réalisé », conclut notre source. 

 

Alors ? 

 

 

Mise à jour 18h15 : 

 

Alors, tout simplement, consulter la réponse de Dargaud