Écrire la lecture du futur pour trouver de nouveaux publics

La rédaction - 20.02.2017

Reportage - Écrire la lecture du futur - médiathèques Val de Somme - lecture publique médiathèque


Dans le secteur rural du Val de Somme, l’idée de créer un réseau de médiathèques court depuis une quinzaine d’années. Mais les décideurs ont tardé à s’engager. Ce qui n’empêche pas agents et bénévoles d’œuvrer déjà ensemble et d’écrire les bases de la collaboration à venir.

 

Pôle jeunesse Mediatheque intercommunale du Val-de-Somme

 

 

Commune tranquille de 6 000 habitants, Corbie ne fait guère parler d’elle. Autrefois connue pour ses bonneteries, elle vivote à présent dans l’ombre d’Amiens. Aussi apprend-on  avec curiosité qu’elle se trouve être le berceau de notre écriture manuscrite actuelle. Au milieu du VIIe siècle, l’abbaye de Corbie dispose de l’un des plus importants scriptoria monastiques.

 

À cette époque, sous l’impulsion de Charlemagne, on vient de mettre au point une écriture plus lisible, aux lignes arrondies et fluides, la minuscule caroline. Les moines de Corbie l’adoptent, contribuant largement à sa vulgarisation. Aujourd’hui, leurs manuscrits sont conservés dans des bibliothèques prestigieuses du monde entier, dont une centaine à la Bibliothèque municipale d’Amiens.

 

L’abbaye a, elle, aujourd’hui disparu. Il ne reste que son mur d’enceinte qui ceint un vaste terrain où cohabitent des équipements municipaux, la piscine et la médiathèque. Dans ce bel établissement à des années-lumière du confinement d’un scriptorium, on planche non pas sur l’écriture, mais sur la lecture de demain. Avec la lenteur des moines copistes.

 

Digérer l’information

 

Voilà quinze ans déjà que les élus de la communauté de communes du Val de Somme étudient l’idée d’un réseau de médiathèques. Le secteur est rural, il concentre trente-deux communes pour 25 000 habitants, huit bibliothèques et la médiathèque intercommunale de Corbie. « Quand on a commencé à parler de réseau en 2000, les élus pensaient plutôt à l’informatique, pas à la notion de service ou à la circulation des collections et des publics, commente Lucie Deswel, responsable de la médiathèque intercommunale de Corbie et coordinatrice du réseau. Il leur a fallu digérer l’information. »

 

Ce n’est qu’après deux études menées par deux cabinets de conseil que l’ancienne bibliothèque vieillotte et peu fréquentée de Corbie est finalement remplacée en 2011 par une nouvelle flambant neuve. Un logo est créé, préfigurant le prochain réseau et la Drac apporte son soutien financier. S’en suivent alors quatre années d’atermoiements et de querelles intestines entre les représentants de la Drac, de la communauté de communes et l’ancienne directrice de la médiathèque. Ce n’est qu’en 2015 que les discussions reprennent avec de nouvelles personnes. Une autre étude est commandée. Puis une seconde...

 

En poste depuis 2012, Lucie Deswel voit défiler ces études comme on voit passer les trains. Dans l’attente d’une orientation ferme, elle lance avec les salariés et les bénévoles des bibliothèques du Val de Somme des réunions de travail régulières, les COTECH. Une fois par trimestre à raison de trois heures, ces comités permettent un partage d’informations, un temps de formation et de coordination de projets communs. « Nous avons ainsi constitué un réseau informel, plus ancré que le formel », explique Lucie Deswel.

 

Faire les choses en douceur

 

Depuis, le conseil communautaire a adopté l’un des scénarios préconisés par les bureaux d’études : à savoir la couverture du territoire par trois médiathèques structurantes, à Corbie, Ribemont-sur-Ancre et Villers-Bretonneux. Deux nouvelles études ont été lancées : la rédaction du projet scientifique, culturel, éducatif et social (PSC), soutenu financièrement par la DRAC sur trois ans, et celle des programmes des trois futures médiathèques.

 

Le 9 février, le PSC a présenté pour validation au conseil communautaire. « Les élus communautaires et municipaux sauront alors globalement ce que sera le réseau “lecture publique en Val de Somme” et les services qu’il offrira à la population à l’horizon 2020, commente Lucie Deswel. Beaucoup de choses se sont mises en place en peu de temps. Mais à appliquer, ça va prendre des années. »

 

Le temps de construire les deux nouvelles médiathèques, prévues en 2018 et 2019-2020. Mais aussi de « faire les choses en douceur », précise la directrice. À commencer avec les élus. « On m’a quand même demandé : ça marche, les bibliothèques ? Certains sont très loin de la compétence lecture publique. » Il faut aussi dépasser les querelles de clocher.

 

« D’un village à l’autre, on a du mal à traverser la départementale ou à franchir un pont. » Enfin, il faut préserver les équipes de bénévoles en place, tout en professionnalisant le réseau. « C’est un vrai métier. Et c’est à cette condition que nous pourrons aller chercher d’autres publics. C’est particulièrement nécessaire dans un territoire concerné par l’illettrisme », explique la jeune femme.

 

La médiathèque de Corbie pose en tout cas les premiers jalons : la gratuité des prêts au 1er janvier 2016 a fait doubler le nombre des inscriptions. Et elle prépare pour cette année son informatisation RFID. Les COTECH eux, poursuivent leurs travaux « informels ». Dernièrement, les participants se sont penchés, à leur niveau, très concrètement, sur les services qui pourraient être proposés dans les deux nouvelles médiathèques. On a parlé simplicité, fluidité, accessibilité pour tous les publics. Un projet capital au pays de la minuscule.

 

Marie-Laure Fréchet

www.lecturepublique.valdesomme.com

 

 

en partenariat avec le CRLL Nord Pas de Calais