Doho, ou comment naît la musique

Thomas Deslogis - 04.08.2015

Reportage - musique groupe - Doho portrait - littérature chansons


Pour celles et ceux qui ont déjà lu certains des portraits absolument pas conventionnels que j’ai le plaisir de gribouillarder sur ActuaLitté, la chose n’a rien d’un secret : je travaille désormais depuis Athènes, actuelle fournaise du monde. Un coup de tête, une inspi'. Mais depuis que j’ai emménagé à Exarchia, quartier anar (voir le précédent portrait) où le cafard est roi, je dois faire face à un problème de toute première importance, outre les 50 degrés de l’appart, pas de WiFi. Et l’ordi est mort, mes qualités d’ingénieur littéraire n’ont rien pu faire...

 

 

 

Là où le bât blesse, c’est que l’auteur de ces lignes est mélomane, viscéralement, monomaniaquement même (du genre à considérer qu’une chanson n’est qu’un groupe de mots au milieu de la phrase qu’est un album). Et sur mon pas très smart phone, cinq morceaux, pas plus. Ceux du récent premier EP de Doho. Ça commence sans détour, la voix qui danse et la gratte en plein trip. Ça commence par « Live Without ». 

 

Doho, Live Without 

 

 

Pourquoi donc ces cinq titres dans ma poche ? Parce que j’ai eu la chance de graviter autour des frères Seznec, Brian et Loïc, durant la fécondation, la grossesse et l’accouchement de Doho, le groupe qu’ils composent désormais à eux deux. La fécondation a eu lieu en 2012, lorsque Brian à la voix et Loïc à la gratte décident d’enregistrer une reprise acoustique du « Big Brown Eyes » de Benny Sings. 

 

Musiciens depuis toujours, les deux jeunots d’aujourd’hui 19 et 22 ans unissaient là leurs talents pour la toute première fois. Et ils firent bien. La reprise fut sélectionnée par le site 22 tracks et leur ouvrit les portes d’un concours du Casino de Paris. Pas besoin de pisser sur un bâton pour comprendre que le test fut bel et bien positif... 

 

Leur truc "c’est la spatialisation, la couleur"

 

Vient la grossesse, moment où les contours du bébé s’affirment et où les couples se renforcent. Brian Seznec, l’aîné, c’est la force tranquille. Le don du chant et l’amour du piano font de lui le garant d’une certaine mélancolie toujours maitrisée, subtile, discrète. Perfectionniste au possible, Brian retouche chaque morceau jusqu’à ce qu’apparaisse à ses yeux l’équilibre sacré qui fait qu’une œuvre est œuvre. Loïc, lui, c’est le rock. Littéralement. Le moindre aspect de sa personnalité en témoigne. Motard, maladroit, aventurier inconscient... Et sa guitare. Sa guitare qui transforme cet adolescent sans doute éternel en véritable petit génie capable des solos les plus aériens qui soient. 

 

C’est d’ailleurs sur ce point, « l’aérien », que les deux frères vont s’accorder. Une dimension musicale à leur sens majeure et qu’on retrouve dans certaines des influences qu’ils aiment citer (Archive, Radiohead, Pink Floyd, Zéro 7...). Sur « Purple Bay », le morceau qui a donné son nom à l’EP, Doho explore tout particulièrement cet aspect flottant, du fait d’une symbiose entre intru » traditionnels et MAO (Musique assistée par ordinateur) leur permettant d’utiliser divers synthétiseurs, densifiant ainsi le « purple » du morceau. Leur truc, me diront-ils, « c’est la spatialisation, la couleur. » 

 

Doho, Purple Bay 

 

 

Difficile, à l’écoute, de les catégoriser. « Pour le moment le terme qui nous paraît le plus juste serait Pop-Soul. » Plus tôt, c’est vrai, ils me citaient aussi D’Angelo parmi leurs influences. Mais surtout Doho ne serait pas Doho sans JP Mano, DJ parisien spécialiste absolu de la Soul et qui a décidé de les prendre sous son aile voilà deux ans. « Excellent manager parce que pas du tout dans une logique de management. » L’humain d’abord (point Mélenchon). JP Mano les accompagnera tout le long de la grossesse jusqu’à l’accouchement de « Purple Bay ». L’obstétricien, c’est lui. 

 

Tout simplement parce qu’en écoutant ce dont ces deux frères sont capables de produire ensemble, il a cru en eux. Tout comme l’illustrateur/réalisateur Guillaume Ivernel (Chasseur de dragons) lorsqu’il accepta de s’occuper de la pochette de l’EP et du graphisme général de l’univers du groupe qui rappelle le monde flottant (décidément) de Gorillaz, les personnages en moins. Tout comme le jury du concours Tremplin Music On Stage qui a fait de Doho le grand vainqueur de sa dernière édition, ou encore celui du concours de Keyboard Magazine choisissant « Manners » (dernier morceau de l’EP) pour sa compil' annuelle. Tout comme, aussi, les petites salles parisiennes de plus en plus nombreuses à accueillir Doho en live (le Mama Shelter, Le Divan du monde, La Cuve à son, Le Baiser salé...). 

 

Et tout comme moi lorsqu’un beau jour ils m’appelèrent pour leur écrire une chanson en français parce qu’une audition l’exigeait, mais que « musicalement [leur] culture est anglophone ». Ils garderont finalement le morceau, qui sera même intégré à l’EP. 

 

Doho, J’ai vu la paix 

 

Voilà pourquoi j’ai ce mini-album en poche (le « vrai » est d’ailleurs prévu pour janvier 2016), grâce auquel, en attendant de résoudre mes problèmes d’informatique, je peux régulièrement m’injecter une petite dose de musique. Et pas n’importe laquelle. Écouter « Purple Bay » c’est assister à quelque chose. Peut-être encore timide parce que naissant, mais c’est aussi là que l’écoute de ses « premiers mots » est fascinante : en pensant à l’avenir. À la première phrase complète, voire au premier vers, et à l’œuvre complète qui commence à se dessiner. C’est rare, de pouvoir observer une œuvre naître et grandir. C’est beau. 

 

 

 

DOHO vient de débarquer en ISLANDE !! Un trip à suivre ;)

Posted by Doho on jeudi 30 juillet 2015