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Gaston Lagaffe et Franquin : de la rédaction de Spirou aux Idées noires

Florent D. - 12.12.2016

Reportage - Gaston Lagaffe Franquin - exposition BPI Franquin Gaston - Franquin Spirou Gaston


REPORTAGE – Depuis début décembre, et jusqu’au 10 avril, Gaston Lagaffe attend les visiteurs à la BPI, pour une exposition entièrement consacrée à cette création de Franquin. Toute la magie du dessinateur, l’innocence du personnage et a bouille incomparable, à redécouvrir. ActuaLitté a fureté dans les allées.

 

 

 

« Maman, regarde le bureau du monsieur », lance une petite fille hilare. Elle vient de découvrir une photo scénarisée de Delporte, au milieu d’un grand bazar. Et un peu plus loin : « Le monsieur il fait un concours avec l’éléphant. » La magie de Gaston, c’est de parler à l’enfance, avec des dessins au comique de situation burlesque, autant qu’aux adultes, avec des thématiques sérieuses, traitées avec la finesse de Franquin.

 

Le papa de Gaston accueille le visiteur de l’exposition avec une vidéo d’archives. Un entretien mené au couteau par le journaliste – le malaise de Franquin est palpable – permet au visiteur d’entendre cette phrase délicieuse. Qu’est-ce qu’un adulte, demande-t-on au dessinateur ? « Un adulte, c’est un enfant qui a mal tourné. » Et là, déjà, tout Gaston se profile. 

 

Gaston n’est pas un attardé : ses inventions sont celles d’un adulte qui serait resté enfant, pour qui rien ne serait impossible. À l’image de ses recettes de cuisine, farfelues, parce qu’improbables. Au milieu des pages de Spirou, l’arrivée de Gaston avait quelque chose d’inimaginable : le cow-boy et les aviateurs, voire les détectives, oui... mais un « héros sans emploi », là, on franchissait un cap.  

 

« Ce qui rend ce personnage si proche de ses lecteurs, c’est sans doute, au-delà de l’humour, sa capacité à tourner en dérision les thèmes structurants de la société qui l’a vu naître », explique l’exposition. « Et à nous dire dans le même temps toute l’importance du détachement, du sens de l’amitié, du flegme et de la constance pour survivre aux soubresauts de l’actualité. »

 

Parce que Gaston est un paresseux universel et sans concept, il peut balayer tous les sujets sociaux, s’en emparer pour leur tordre le cou. L’exposition est dense – peut-être alors trop brève – mais gratuite, ce qui la rend certainement plus accessible.

 

On parcourt, à travers l’évolution du trait, le passage à un Gaston de plus en plus excentrique, et pourtant d’une acuité constante sur le monde. Du « Héros sans-emploi » au personnage pris dans la modernité des années 60, à 70, Gaston accompagne le visiteur, l’invitant à porter sur le monde un autre regard. 

 

 

L’exposition, pour faire simple, un est un petit bijou, dans un écrin un peu trop resserré : on aurait aimé plus de volume – on aurait voulu la BnF pour donner sa pleine mesure à un personnage aussi emblématique. De Franquin à Gaston, il n’y a souvent qu’un pas, évidemment, et parfois, ce pas va un peu vite. Les amateurs redécouvriront avec bonheur cette rétrospective, mais elle ne prend pas assez le temps – faute d’espace – de se laisser totalement imprégner quand on ignore tout du personnage.

 

Une mention toute particulière à la présence des Idées noires, le pendant sombre de Gaston, plus acerbe, dont Fluide Glacial propose une réédition en kiosque le 22 décembre, et un album, mi-janvier prochain.

 

« C’est ça, pour moi, le véritable Gaston : c’est le personnage, capable d’entreprendre des histoires folles, sottes, inconcevables, sauf par lui, juste pour procurer un peu de plaisir à son poisson rouge ! » (André Franquin)