Insister sur la lecture, « dans la construction du citoyen » (Pellerin)

Nicolas Gary - 02.12.2015

Reportage - Fleur Pellerin jeunesse - littérature salon montreuil


Le ministère de l’Éducation nationale a levé l’interdiction de sorties pour les scolaires qui obscurcissait l’horizon du Salon du livre et de la presse jeunesse de Montreuil. « Ce qui m’importe, c’est d’être présente aujourd’hui à l’ouverture de cette 31e édition », assure Fleur Pellerin, venue inaugurer la manifestation. Un tour des stands et des allées, plutôt désertées. Pendant ce temps, les organisateurs se démènent pour propager la bonne nouvelle.

 

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ActuaLitté, CC BY SA 2.0

 

 

« On travaille d’arrache-pied, mais il va falloir communiquer l’information, et obtenir des parents les autorisations de sortie. Mieux vaut tard que jamais », glisse l’organisation, un peu dépitée. « Il faut le faire savoir absolument, et surtout en s’appuyant sur les réseaux sociaux », note Vincent Montagne, président du SNE et PDG de Média Participations.

 

La dynamique du secteur jeunesse, sa créativité

 

Très attachée au secteur jeunesse, « dynamique et créatif », Fleur Pellerin salue les équipes menées par Sylvie Vassallo, travaillant dans des conditions tumultueuses. La littérature jeunesse, outil pour lutter contre « les courants mortifères qui traversent » notre société. 

 

Au fil de la visite, plusieurs maisons ont en effet présenté à la ministre des ouvrages destinés aux plus jeunes, pour parler de l’actualité, des attentats, « en un temps record », se félicite la ministre. 

 

Frédéric Lavabre, fondateur et directeur général des éditions Sarbacane présentera ainsi Eux c’est nous, ouvrage collectif de Daniel Pennac, Jessie Magana et Carole Saturno illustré par Serge Bloch. Le livre raconte l’exil et les réfugiés et l’intégralité des ventes sera reversée à Cimade, association de solidarité active avec les demandeurs d’asile.

 

Alain Serres, en plus du petit badge offert, montrera le livre J’atteste contre la barbarie, publié dans sa maison Rue du Monde, et dont la mise à disposition a spécialement été avancée pour Montreuil. Le livre reprend le poème d’Abdellatif Laâbi, avec les illustrations de Zaü. « Un livre que je pourrais totalement faire lire à ma fille, et à d’autres moins jeunes », évoquera plus tard la ministre, soulignant « la charge émotive très forte du poème ». 

 

 

 

L’occasion également d’évoquer ses propres souvenirs de lecture, quand elle était enfant. 

 

 

 

Cette première visite a surtout donné l’opportunité à la ministre de garantir qu’elle reviendrait avec sa fille, ce samedi. Devant le stand Albin Michel jeunesse, elle se réjouit : « C’est la librairie de ma fille. » Une fille qui accompagnera, virtuellement, la ministre, tout au long de sa visite d’ailleurs. 

 

Ainsi, quand on lui demande ce qu’elle-même peut lire en littérature jeunesse, ou les auteurs qu’elle apprécie, Fleur Pellerin s’efface devant... sa fille. « Je vois ce que ma fille lit. Je sais qu’elle a lu tout Marie-Aude Muraille. J’essaye de lui faire lire des auteurs que j’aime et qui écrivent pour la jeunesse. Henning Mankel, Jonathan Coe... et nous avons beaucoup d’auteurs français, Daniel Pennac, évidemment. J’essaye à la fois d’encourager son goût et son plaisir de lire à travers des choses qu’elle aime, mais aussi de lui communiquer et lui transmettre des livres que j’aime. Maintenant, elle est suffisamment grande pour lire aussi du Giraudoux, du Anouilh. » 

 

La ministre viendra même prendre la défense d’une jeune fille, venue avec son père, et qui se plaint qu’on ne la « laisse pas regarder les livres ».

 

 

 

Une littérature jeunesse mise à l’honneur durant l’ensemble du Salon, « un pan de la littérature qui est reconnu à part entière, comme d’égale dignité par rapport aux autres genres littéraires », insiste Fleur Pellerin. Beaucoup de statistiques indiquent que les Français lisent de moins en moins : « Dans les bibliothèques, ce qui lisent et s’abonnent le plus ce sont les jeunes lecteurs. Ils fréquentent les bibliothèques et médiathèques. »

 

Encourager les jeunes « dès le plus jeune âge, à avoir une pratique de la lecture, à travers le plaisir... pas du tout une obligation vécue comme comme une contrainte, mais pour leur donner le plaisir de lire », le programme est vaste. Il importe alors d’aller « au plus près des jeunes, de ce que sont leurs aspirations, leur conception du plaisir, dans le loisir, ou la détente, on peut les amener à la lecture. Et je pense qu’il faut trouver des façons innovantes de faire, que ce Salon y contribue beaucoup ».

 

La lecture, « ça permet de se construire soi-même, d’élargir son horizon, de se confronter à l’altérité, de se construire un regard critique sur l’information, qui peut arriver à travers les réseaux sociaux par exemple. C’est très important, aujourd’hui, dans la construction du citoyen, d’insister beaucoup sur la lecture ».