L'America Festival : le salon de toutes les Amériques

Clément Solym - 28.09.2008

Reportage - America - Festival - salon


Les petits salons,c’est avant tout une redécouverte de la convivialité, le plaisir de retrouver quelques éditeurs, des auteurs bien plus accessibles qu'au cours de grandes manifestations. Pourtant, même ramené à des proportions humaines – face au démesuré Salon du livre de Paris – et comptant un nombre raisonnable de maisons, l'America Festival pointe une vérité janusienne : d'un côté, on ne peut que se réjouir du nombre de livres présentés, de l'autre constater qu'il y en a décidément beaucoup.

Des auteurs à en perdre son français

Abrité sous une grande toile blanche, le public défile devant les stands qui sont autant d'occasions de croiser un auteur venu pour une séance de dédicaces. Ainsi, on aura pu croiser Lionel Trouillot, qui sur le stand d'Actes Sud présentait deux livres : L'amour avant que j'oublie et Les enfants des héros. Un grand sourire, une signature, l'ambiance est détendue : « Oui, j'apprécie ces petites réunions, nous dit-il. On prend plus le temps d'échanger avec les gens qui aiment lire. » Évidemment. Et dans le coin, personne ne ratera une affiche pour Millenium, l'ultra-saga...


L'art de la couverture et de la présence

Juste en face, et bien que nous l'ayons raté, Plon met en avant Nathan Englander, pour Le ministère des Affaires spéciales, ou encore Jorge Volpi, pour La fin de la folie. C'est toujours dans ces moments que l'on prend conscience de l'importance d'une couverture. Jorge que l'on retrouvera également au Seuil pour deux autres romans : étonnantes ces coïncidences.


Au fil des allées – le Festival n'est pas si grand – on croise la maison Christian Bourgois qui met en avant, entre autres, plusieurs éditions de William Burroughs. Le public est curieux de cet auteur, nous dit-on sur le stand et manifeste un certain intérêt. « Le Festival permet de présenter les nouveaux auteurs, mais aussi de remettre en avant certains qui méritent de ne pas être oubliés. » Oublier Burroughs ? Non...

À travers les haut-parleurs, on annonce que chez Buchet Chastel, Daina Chavianno est disponible pour qui souhaiterait se faire dédicacer L'île des amours éternelles. Nous l'approchons à pas de loup : comment se déroule la manifestation ? « Je suis contente d'être ici. Je me rends compte que l'intérêt pour la littérature étrangère est important en France. » En France, impossible de le dire, mais en tout cas, sur les 676 romans de la rentrée littéraire, 210 sont des traductions, avec 109 anglo-saxons.


Un Stock très féminin

Un petit tour devant Stock, décidément très féminin cette année, puisqu'à l'honneur on découvre Nami Mun et Wendy Guerra. La première, d'origine coréenne, est maître de conférence à l'université du Michigan, l'autre est romancière et cinéaste cubaine, née à La Havane. Et puis, surtout, l'inévitable Colombe, dont on ne cessera de contempler le sourire. (Soupir...)


Des livres à découvrir...

Dans le désordre, on évoquerait aussi l'éditeur de Barrak Obama, Presses de la Cité, qui met discrètement en avant L'audace d'espérer. De bonnes ventes ? « Plutôt, oui. On s'intéresse beaucoup à cet homme ici, et ce livre est une bonne approche de sa philosophie. » Toujours en vrac, Galaade, qui met tout particulièrement à l'honneur Irvin Yalom, le psychiatre américain, né de parents russes. Mais on évoquera aussi la présence des Allusifs, et d'Horacio Moya, que nous vous avions récemment présenté, celle du Cherche Midi, ou de Liana Lévy...


Le phénomène Richard Ford

D'autant que... en se rendant à l'intérieur de la mairie, on assiste à un étrange attroupement : alors qu'un débat se tient dans la grande salle, plusieurs fans se sont regroupés autour... de Richard Ford. Probablement la vedette de ce Festival, largement sollicité et attendu et paru chez différents éditeurs. « J'ai lu tous ses livres », tremble d'émotion une femme juste devant l'auteur. Et la sortie à l'Olivier de L'état des lieux ne manque sûrement pas de raviver l'enthousiasme...


Une quatrième édition riche

Alors qu'en retenir ? Qu'il est amusant d'entendre parler tout à la fois anglais et espagnol sous la tente de cette grande librairie. Que décidément, les auteurs sont des gens comme les autres, l'un d'entre eux ayant fait un bref caprice, et que c'est à ce moment-là que l'on plaint réellement les attachées de presse. Mais dans l'ensemble « ils se prêtent très volontiers au jeu », nous explique un bénévole. « Ils se croisent, discutent, et s'arrêtent pour recevoir les félicitations d'une personne venue pour eux. C'est dommage qu'il fasse un peu chaud sous la tente, et puis avec le beau ciel bleu, on aurait pu faire ça dehors. »

Pour sa quatrième édition, le Festival America aura bien été celui de toutes les Amériques.