Crédits photographiques : iconographe, métier sage comme une image

Association Effervescence - 11.08.2015

Reportage - iconographie - illustration - livres


Chaque semaine, ActuaLitté, en partenariat avec l’association Effervescence, réunissant les étudiants et anciens élèves du master Édition et Audiovisuel de Paris-Sorbonne, vous donne rendez-vous : retrouvez dans les colonnes de notre magazine une chronique, réalisée par les étudiants de la formation, racontant la vie du master et de l’association.

 

Cette semaine, nous aborderons un métier spécifique du livre illustré, celui d’iconographe.

 

Square pictures at an exhibition

Horia Varlan, CC BY 2.0

 

 

L’iconographe est la personne en charge de réunir les images d’un livre. Cela paraît simple, pourtant, il n’en est rien. 

La première partie du travail consiste en recherches. Lorsqu’une liste iconographique est déterminée, par l’auteur ou l’éditeur, c’est à l’iconographe de trouver la source des images et de réunir les fichiers haute définition. Il existe de nombreuses banques d’images ou agences photographiques, mais dans le domaine du livre d’art, on s’adresse aussi fréquemment à des musées pour obtenir des reproductions d’œuvres. Il est également possible de contacter directement un particulier détenteur d’un copyright. 

 

Dépasser 1000 € pour un fichier

 

Les tarifs des images sont extrêmement coûteux, comme on avait pu le voir dans une précédente chronique. Le fichier image a un prix, auquel s’ajoute un droit de reproduction, fixe ou dépendant de l’importance de l’image dans le livre (demie page, pleine page, en couverture ou en intérieur, en couleur ou en noir et blanc, etc.). Ces prix étant fixés par les ayants droit ou sources, ils sont très variables. Une image peut être accordée gracieusement tandis qu’une autre d’un même livre aura coûté 500 euros. On peut dépasser les 1000 euros pour un fichier, dans certains cas (publicité, article de luxe, photo de mode…). 

 

L’iconographe devra donc contacter les détenteurs des droits, demander toutes les autorisations nécessaires et, le cas échéant, négocier. Il est parfois difficile de contacter les bonnes personnes, et l’on peut passer des semaines à voguer de contact en contact avant de trouver une source potentielle. 

 

Toutes les formalités administratives et juridiques découlant de l’utilisation des images sont également à sa charge. Par exemple, il arrive qu’une institution demande à voir une épreuve couleur de l’image dont ils ont cédé les droits avant impression. Cette pratique est particulièrement répandue aux États-Unis. La plupart des détenteurs des droits demandent également un exemplaire du livre, en plus des droits de reproduction. En fonction du nombre d’images contenues dans le livre, la maison d’édition aura donc parfois à envoyer plusieurs centaines d’exemplaires justificatifs. 

 

Le Creative Commons, une solution d'avenir

 

La longueur et la complexité des procédures pour une seule image peut surprendre. Certains contrats d’utilisation des images peuvent faire plus de vingt pages. Il peut aussi s’écouler plusieurs mois entre la demande et la réception de l’image. L’iconographe est d’ailleurs tout le temps obligé de relancer des gens. Il est aussi souvent amené à travailler avec des interlocuteurs étrangers et donc, à travailler dans le contexte du droit international.

 

Enfin, l’iconographe s’occupe des crédits photographiques, une tâche bien moins anodine qu’il n’y paraît. Car cette page, affreuse et que personne ne lit jamais, peut causer grand tort à l’éditeur si elle comporte des erreurs (et que celles-ci sont remarquées). Les litiges avec les ayants droit au sujet des crédits sont assez fréquents, surtout dans le cas de livre fortement illustrés, où l’on aura plusieurs centaines de crédits à indiquer, crédits qui peuvent être doubles, triples, quadruples, etc. 

 

Pourquoi ne pas davantage utiliser les images sous licence Creative Commons afin de réduire les coûts ? La question se pose, car, bien que le livre soit commercialisé, il diffuse savoir et culture. Immobilisme du secteur ? Peut-être. Mais d’autres problèmes se posent : certaines licences interdisent l’utilisation commerciale. D’autres défendent toute modification des images : cela exclut la possibilité de corriger les fichiers, indispensable pour un éditeur de beaux livres, par exemple. La qualité pose problème aussi, puisque la publication en ligne ne nécessite pas une résolution aussi importante que l’impression sur papier. 

 

Juridique et administratif, le travail sur l’iconographie révèle une ambiguïté : deux cents euros de droits de reproduction sont un bien maigre salaire pour un créateur. Et c’est exorbitant pour une maison d’édition. Mais que considérer en premier : l’intérêt scientifique d’une publication ou l’activité commerciale de la maison ? Question difficile, à laquelle s’ajoutent celles du droit d’auteur et des conditions de circulation des œuvres.

 

Si vous voulez (re)lire nos chroniques déjà publiées sur ActuaLitté, c’est ici ! Si vous voulez être informés chaque semaine de la parution de notre nouvelle chronique, c’est ici !

 

À mardi prochain !


Pour approfondir

Editeur :
Genre : art de vie, mode
Total pages :
Traducteur : catherine makarius
ISBN : 9782732446721

L'éternel masculin ; icônes de mode et vestiaire idéal

de Sims, Josh

Le tee-shirt de James Dean, les mocassins portés par Mickael Jackson, le duffle coat de David Bowie, les costumes de Clark Gable, le jean Levi's de Paul Newman...Maîtrise du style, mix de tendances, touche décalée... Ces grands hommes avaient tout compris de la mode et de son formidable pouvoir de séduction.Au fil de cet album, c'est ainsi le vestiaire idéal de l'éternel masculin qui se dessine en quelques pièces maîtresses intemporelles. Autant de vêtements qui ont marqué les esprits et l'histoire de la mode au masculin car portées par des légendes vivantes. Leur charisme ont fait de ces vêtements mythiques des incontournables, portés aujourd'hui encore par des millions d'hommes. Une vraie leçon d'élégance et une inépuisable source d'inspiration pour s'habiller...De magnifiques et très nombreuses photographies, parfois rares et souvent emblématiques, illustrent ce formidable livre de mode. - Josh Sims, chroniqueur de mode indépendant, écrit pour The Financial Times, The Independant, The Independant on Sunday, Channel 4, la BBC, Esquire, GQ, Wallpaper et i-D. Il est aussi l'auteur de Rock/Fashion (Omnibus), du Dictionary of Fashion Designers (Collins), de Mary, Queen of Shops (BBC Books) et a contribué à plusieurs ouvrages sur la mode parus chez Taschen.

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