La maison Yoaké introduit la littérature jeunesse japonaise en France

Julien Helmlinger - 12.12.2014

Reportage - Yoaké - Livre jeunesse - Littérature japonaise


À l'occasion du dernier Salon de Montreuil est apparue une nouvelle maison d'édition corps et âme vouée aux plaisirs de la lecture, chez les enfants : Yoaké, label spécialisé dans l'adaptation d'œuvres déjà publiées au Japon. Si les livres au catalogue sont emprunts de la sensibilité d'auteurs japonais, et sont d'ailleurs parfois très populaires dans l'Archipel, les thèmes évoqués se veulent en revanche universels. Alors que deux premiers titres sont publiés, depuis le 26 novembre dernier, l'équipe éditoriale nous présente les grandes lignes son projet.

 

 

En japonais, le terme Yoaké  désigne l'aube, une appellation de circonstances pour cette nouvelle maison qui se destine à éveiller les tout jeunes lecteurs aux joies de l'imaginaire et de l'évasion. Appartenant au même groupe que les éditions Kazé Manga, son registre de publication est toutefois bien distinct. Le label profite du réseau et des connaissances que possède le groupe éditorial sur le marché de l'Archipel, mais sans connotation japonisante ou manga, précise Jérôme Chélim de Kazé.

 

Ni bulle, ni sens de lecture inversé en perspective, donc, simplement un petit côté mignon bien caractéristique des titres jeunesse du pays du soleil levant. Pas de risque d'indigner Jean-François Copé, en somme. Cette collection pour enfants, introduite avec l'album one shot Balade sens dessus dessous, signé Shirô Fujimoto, ainsi que le premier tome de la série Bam & Kéro, par Yuka Shimada, est pilotée par Mehdi Benrabah, directeur éditorial, et Yumena Miyanaga, forte de sa maîtrise de la langue japonaise.

 



Balade sens dessus dessous 

 

Des histoires universelles dont l'essence est conservée

 

L'éditrice Yumena Miyanaga nous explique l'ambition de la maison. « Notre volonté est de présenter au public français un vrai panel d'auteurs japonais, sur des thèmes universels, mais sans que ce soit trop teinté culturellement. Sur des tranches d'âge allant de 3 à 6 mais, des livres d'éveil sont envisagés, notamment pour que les parents puissent accompagner la lecture. » Une initiative qui gagnait donc à être présentée lors du Salon de Montreuil, le seul consacré exclusivement à la littérature jeunesse, et le stand, avec ses canapés, ateliers de dessin et peluches, n'aura pas manqué d'attirer les petits.

 

Trouver les pépites à publier nécessite de suivre les salons où la littérature japonaise est présente, quand c'est possible, sinon de prendre contact directement avec les éditeurs et agents littéraires, en quête de titres disponibles à la licence étrangère. Car « cela n'est pas toujours le cas : certains livres ne sont pas ouverts aux droits internationaux et ne sortent pas du Japon ». Le marché local, hors manga, étant parfois plus autocentré que d'autres, explique Yumena, les publications se destinent d'abord au marché intérieur.

 

 

 

« L'Europe déclenche rarement ce genre de négociations : il s'agit souvent de titres qui ont déjà été adaptés en Asie, à Taïwan ou en Chine, ce qui aura permis d'ouvrir les droits internationaux. Après, l'avantage est que l'Europe, et surtout la France, possède une certaine aura, celle d'un pays culturellement riche qui peut attirer la curiosité des auteurs », précise l'éditrice. Yuka Shimada, dont la série fête les 20 ans cette année, avec des millions d'exemplaires écoulés en Asie, était ainsi frileuse au moment de s'engager dans le projet.

 

L'auteure de la série populaire, avant d'être rassurée, s'inquiétait notamment d'éventuels changements de titres et de formats, comme cela se fait souvent aux États-Unis, qui risqueraient de la déposséder de son livre. Mais ce sont là des points sur lesquels Yoaké tente de rassurer les créateurs. « Notre objectif n'est pas de faire quelque chose de différent, mais de conserver l'essence de l'œuvre, tout en l'adaptant au minimum pour les enfants qui peuvent ne pas comprendre certaines connotations. Des petits détails. »

 

Divers projets mignons à l'horizon dans la même veine

 

Courant 2015, paraîtront les prochains opus de Bam & Kéro, ainsi que les séries Les Petits Pastels, et Le Village des Chênes, signées Miwa Nakaya. Des œuvres toujours dans la même veine, avec tout un univers de personnages mignons, leurs aventures sur des thèmes parfois sociaux comme le village, la famille, la tolérance... Avec un certain souci du détail, dans les illustrations, qui fait qu'au fil des relectures, les enfants auront de grandes chances de découvrir à chaque fois quelque chose de nouveau dans le décor.

 

Les petits lecteurs pourront ainsi, hors de la narration, composer leurs propres histoires en fonction des images. La volonté de l'éditeur est également de rendre certains livres papier interactifs selon les opportunités, avec des éléments qui peuvent sortir du bouquin. Comme des planches à découper, « des éléments à tirer éventuellement pour faire apparaître quelque chose, des éléments que l'enfant peut toucher... un domaine d'enrichissement dans lequel les Japonais sont forts ».

 

Si l'objectif n'est pas de présenter le Japon aux petits Français à travers les œuvres, de tels projets pourraient néanmoins apparaître par la suite. Avec un lectorat fidélisé et qui commencerait à grandir ?