À Montréal, la rentrée tourbillonne dans la librairie Gallimard

Justine Souque - 30.09.2015

Reportage - librairie Gallimard Québec - Montréal Québec - rentrée littérature


Les librairies québécoises sont, depuis mi-septembre et jusqu’à fin octobre, en plein dans la rentrée littéraire. Pour les librairies de fonds comme celle de Gallimard, établie au Québec depuis 1989, cette période est celle de l’arrivée des nouveautés, constituant environ 20 % de l’offre. Ici, la rentrée littéraire est un peu décalée par rapport à celle de la France qui commence à la deuxième ou troisième semaine du mois d’août, nous précise Marine Gurnade, directrice de la librairie Gallimard de Montréal. « Nous avons environ un mois d’écart avec la métropole, et notre rentrée québécoise est davantage étalée dans le temps. » 

 

Librairie Gallimard Montréal

Justine Souque - CC BY SA 2.0

 

 

Que propose-t-on dans la librairie Gallimard de Montréal ? Marine Gurnade nous présente les lieux, situés en plein cœur du boulevard Saint-Laurent : « Comme toutes les autres librairies Gallimard que l’on trouve en Europe, nous ne sommes pas seulement la vitrine des éditions Gallimard et de ses filiales. »

 

En effet, en entrant dans l'établissement, les ouvrages en langue française proviennent de nombreuses maisons d’édition. D'ailleurs, « 80 % des publications constituant les fonds de la librairie sont européennes. Ces 80 % regroupent les ouvrages des auteurs français, mais aussi les traductions en français d’auteurs étrangers ». Quant à la littérature francophone québécoise, mise en avant sur tout un pan de mur et une large table de présentation, elle ne représente néanmoins que 20 % des publications.

 

Le rôle de médiateur, inlassablement

 

« Nous choisissons les auteurs québécois en fonction de leurs catalogues. Ils doivent répondre à la mission de la librairie, spécialisée en Littérature et Sciences humaines », ajoute Marine Gurnade. « Ici, vous ne trouverez pas beaucuop de livres des Éditions de l’Homme par exemple. Au-delà de toute stratégie commerciale, nous faisons des choix selon la mission que nous défendons, et, si nous proposons beaucoup d’ouvrages Gallimard, ce n’est pas seulement parce que nous sommes supervisés par ce groupe, c’est aussi parce que depuis 26 ans, cette maison d’édition est intrinsèquement liée à l’identité de la librairie. »

 

Et qu’en est-il des ouvrages coédités entre la France et le Québec ? « Les coéditions sont finalement dérisoires. C’est la logique des rachats de droits qui prime, nous répond Marine Gurnade. Rappelons-nous par exemple la récente séparation [en janvier 2015] entre les éditions québécoises Leméac et les éditions françaises Actes Sud, Leméac éditeur ayant décidé, en ce qui concerne la diffusion de ses ouvrages, de s’associer avec Québec Amérique. Pour la politique du rachat des droits, citons parmi tant d’autres les maisons québécoises Scholastic ou Modus Vivendi. » D’après ce constat, nous pouvons supposer qu’en coulisses, cette logique traduit une certaine volonté de la part des éditeurs québécois de gérer eux-mêmes leurs titres afin de les faire connaître selon leurs propres stratégies. 

 

Veillant à la représentativité des éditeurs, l’équipe des six libraires, dont Marine Gurnade, a également à cœur de valoriser certains titres : « Nous avons une sélection “À lire”. Nous glissons de petits cartons avec nos commentaires à l’intérieur de nos lectures de prédilection. Comme nous avons chacun un profil de lecteur différent, et que certains clients suivent un libraire en particulier, nous précisons le nom du libraire sur le carton. Nos choix sont aussi disponibles sur notre site internet. » Marine Gurnade nous rappelle ainsi le rôle essentiel du libraire, véritable médiateur entre le livre et le lecteur. 

 

À côté de ces livres « à lire » disposés sur des panneaux, la librairie proposera bientôt une nouvelle édition du petit guide à l’usage des lecteurs curieux, où seront réunis 100 titres à retenir. Au-delà de toute actualité littéraire, seront d’abord retenus les coups de cœur des libraires. Aux romans seront ajoutés des essais et des albums de bande dessinée : « L’année dernière, pour les 25 ans de la librairie, nous avions proposé des titres en éditions Pléiade. Nous varions l’organisation et le contenu de ce guide ; de même pour nos vitrines et les animations », ajoute Marine Gurnade. 

 

Des libraires pleinement engagés dans la rentrée littéraire 

 

Les vitrines, en effet, se succèdent, suivant de près l’actualité culturelle. Cette semaine, par exemple, nous découvrons les livres jeunesses de L’école des loisirs qui fête cette année ses 50 ans, clin d’œil à l’activité « des bébés et des livres » qui s’est tenue à la librairie le 26 octobre, à l’occasion des Journées de la culture. La semaine précédente les vitrines révélaient les albums de la bande dessinée Paul à Québec, de Michel Rabagliati, dont certaines scènes de l’adaptation cinématographique de François Bouvier ont été tournées dans la librairie.

 

« Nous sommes une librairie Littérature et Sciences humaines, mais même durant la rentrée littéraire, il y a un roulement, et nous présentons également des livres qui ne constituent pas nécessairement nos dernières nouveautés. Il nous arrive, outre nos événements littéraires, d’accueillir des auteurs pour la sortie de leur livre alors même que nous n’avons pas l’habitude de travailler leur fonds mais que c’est une manière de développer notre offre et notre clientèle. » Cette décision, traduisant le dynamisme de l’équipe de libraires, permet de créer sans cesse de nouveaux espaces visuels qui intriguent les badauds, et invitent les habitants du quartier à redécouvrir leur librairie. 

 

En tant que librairie de fonds, la librairie Gallimard organise ses vitrines en jouant aussi sur le côté médiatisé de la rentrée littéraire : « Nous guettons les nouveautés de tel ou tel auteur et nous en profitons pour ressortir ses précédents titres, ou pour suggérer aussi des ouvrages liés à la thématique », nous explique Marine Gurnade. De ce fait, les libraires proposent, en quelque sorte, leur propre rentrée littéraire : ils la personnalisent, et font de la librairie un point de vente unique. Marine Gurnade en a parfaitement conscience : « En ce moment, Montréal est une ville très stimulante pour la littérature avec des événements comme les Journées de la culture, le festival du FiL, La saison de la lecture, et le Salon du Livre qui a lieu au mois de novembre. Et pour notre librairie, cette période très médiatisée, c’est 30 % de notre chiffre d’affaires. » 

 

Suivre de près les événements de la rentrée littéraire, une manière optimiste d’envisager les actualités du livre au Québec ? Car les récents chiffres annoncés par l’institut de la statistique au Québec sont peu réjouissants (— 7 % de vente pour ce premier trimestre) : « Ces chiffres sont globaux, souligne Marine Gurnade. Dans notre librairie, nos ventes sont à + 3 %. Cela ne veut pas dire que le marché du livre au Québec se porte bien, il reste beaucoup d’enjeux à régler, mais il faut prendre du recul sur ces chiffres et ne pas se focaliser dessus. » Profitons alors de la cette rentrée !