Le château de Vascoeuil, habité par la présence de Jules Michelet

Auteur invité - 04.08.2020

Reportage - Jules Michelet - chateau Vascoeuil - Vascoeuil michelet


À l’orée de la forêt de Lyons, au cœur de la vallée de l’Andelle, dans l’Eure, se dresse le château de Vascœuil. Avec sa tour octogonale du XIIe, ses bâtiments annexes du XVIIe  et son magnifique colombier doté d’un système d’échelle tournante d’origine, le lieu est encore imprégné de la présence de Jules Michelet.
 


Le château n’a pas toujours été ainsi, lorsque Maître François Papillard, avocat et historien, en devient propriétaire en 1964, il entreprend une longue restauration durant quinze ans. En parallèle, il rassemble des documents relatant l’histoire de la vie de Jules Michelet et ses séjours au château de Vascœuil présentés dans une ancienne grange rurale normande à colombage du XVIIIe siècle qui deviendra, en 1989, l’unique musée Jules Michelet de France.

Jules Michelet est considéré comme l’un des plus grands historiens du XIXe siècle. Il contribue largement au « roman national » avec son œuvre majeure Histoire de France à laquelle il consacre trente années de sa vie. Libéral et anticlérical, il a écrit également de nombreux essais et ouvrages de mœurs, dont certains lui valent quelques ennuis avec l’Église.

En 1841, après la monarchie de Juillet, Paris est en effervescence et l’œuvre de Michelet connaît un très grand succès. C’est à cette époque que Jules Michelet commence à se rendre régulièrement au château de Vascœuil, sans doute pour fuir l’agitation parisienne. Il côtoie alors le fils d’une certaine Françoise Adèle Dumesnil, propriétaire du château, avec qui il noue une profonde amitié, voire une relation amoureuse platonique. Jules Michelet considère alors Vascœuil comme un « lieu d’intimité, de plaisir et de rêverie (1) ».
 

Vascœuil, sa source d’inspiration


À cette époque, Jules Michelet habite à Paris, mais séjourne très régulièrement à Vascœuil. Il installe d’ailleurs son cabinet au sommet de la tour du château. Vascœuil est sa source d’inspiration. Il dira : « Revenu à Vascœuil..., c’est ici (vendredi, samedi) que j’ai commencé à avoir la première intuition de mon nouveau sujet. » (2)

Cette période fut très prolifique pour Michelet. De 1835 à 1867, il réalise de longues recherches pour son Histoire de France et en écrit une partie (17 tomes). Le Peuple paraîtra en 1846, Du prêtre, de la femme et de la famille en 1845, Histoire de la Révolution française (6 tomes) de 1847 à 1853, L’Oiseau en 1856, La Femme en 1859 et La Mer en 1861. Ces derniers sont bel et bien écrits à Vascœuil.

Le château, un domaine de 6 hectares, composé d’un grand parc et d’un jardin à la française, offre tout le calme nécessaire dont peut rêver l’écrivain. Michelet se promène beaucoup dans cet endroit qu’il chérit.
Il dira dans son journal : « Vascœuil, admirablement détaché de la forêt de la prairie, mille accidents de lumière au soleil couchant, mais déjà un peu de brume sur la forêt et tout change. » (3)

Le château de Vascœuil est aujourd’hui un grand centre d’art et d’histoire. Ouvert au public depuis 1970, il a accueilli plus d’une centaine d’artistes parmi les plus renommés, tels que Braque, Brayer, Carzou, Cocteau, Combas, Corneille, Dali, Léger, Lurçat, Vasarely et d’autres. En 2019, un hommage à Bernard Buffet a attiré 25.000 visiteurs. Et en 2020, une exposition de l’hyperphotographe Jean-François Rauzier s’y tiendra jusqu’au 25 octobre.
Sa collection permanente de sculptures dans le parc rassemble plus de soixante bronzes, marbres, mosaïques et céramiques des grands artistes modernes des XXe et XXIe siècles.

Le château, labellisé « Maison des illustres », membre de la « Route des maisons d’écrivains », inscrit dans un circuit littéraire et touristique qui réunit quatorze « Maisons littéraires » en Île-de-France et Normandie, perpétue la mémoire de l’illustre historien et écrivain français qu’était Jules Michelet.
 

Un essai controversé


La Sorcière est un titre parfait pour découvrir l’esprit de Jules Michelet. Il révèle l’inventeur qu’il fut de la figure historique de la sorcière et l’écrivain sensible dans son analyse de la société. Publié en 1862, l’essai ne sera mis en vente qu’en 1863. Censuré et controversé, il n’en est pas moins réédité et somptueusement illustré de quinze eaux-fortes de Martin Van Maele dans l’édition de Jules Chevrel en 1911.

Le livre est composé de deux parties, accompagnées d’une introduction, d’un épilogue, de notes et d’une bibliographie nommée « Sources principales ». Michelet puise dans les manuels d’inquisition enseignant à identifier les sorcières, mais aussi parmi tous les procès en sorcellerie abondant aux XVIIe et XVIIIe siècles.

La première partie retrace la généalogie du personnage de la sorcière, depuis le haut Moyen Âge jusqu’aux débuts du XVIIIe siècle. Pour la retracer, Michelet a composé à partir de ses sources un récit poétique dont l’héroïne est une figure de l’imaginaire et non un être concret, historiquement défini. Il brosse ainsi une sorcière héritière des traditions, créée au Moyen Âge et définie en vertu de la religion. À cette vision satanique et hérétique, il oppose la connaissance des sciences en lutte contre l’obscurantisme.
 

Dessin de Martin van Maële. Illustration de La sorcière, de Jules Michelet. 1911
Évreux, bibliothèque municipale, notice 1494976.
Bruxelles et Leipzig, A. Lacroix, Verboeckhoven et Cie, 1863.
Seconde édition, Legs Fouché.

La seconde partie est consacrée aux récits des procès en sorcellerie, du début du XVIIe à l’aube du XVIIIe siècle. L’auteur a pris connaissance de comptes rendus qu’il analyse et restitue comme des romans. Il brosse le portrait des personnages, leurs caractères, leurs dialogues avec verve et émotion. Ce qui laisse imaginer qu’il a consulté des sources comme l’histoire de Madeleine Bavent, dans l’affaire des possédés de Louviers, qui se déroule non loin du château de Vascœuil et dont la bibliothèque conserve procès et controverses.

À découvrir, un extrait d’un film d’animation japonais, Belladonna la sorcière, d’EiichiYamamoto, 1973, adapté du récit de Michelet.  


 

La bibliothèque d’Évreux


Héritière des confiscations révolutionnaires, la bibliothèque d’Évreux ouvre en 1801 et devient municipale en 1802, à la suite des lois napoléoniennes. Elle conserve des fonds provenant des abbayes de Lyre, du Bec-Hellouin, de Saint-Taurin d’Évreux, de la cathédrale Notre-Dame, des séminaires d’Évreux, des couvents ébroïciens – cordeliers, dominicains, ursulines – et du couvent Picpus situé à Paris. Ces fonds sont d’abord installés au grand séminaire, puis au couvent des capucins.

Entre 1850 et 1895, les collections ne cessent de s’accroître, grâce à de nombreux dons et legs de particuliers qui forment aujourd’hui la majeure partie du fonds local conservé au fonds patrimonial. Parmi les bienfaiteurs, Charles Augas et Charles-Lucien Fouché, originaires d’Évreux, lèguent par testament en 1883 et 1888, à la ville, leurs bibliothèques personnelles, dont des éditions de Jules Michelet, qu’elle conserve encore aujourd’hui à la médiathèque.

En 1936, la bibliothèque est transférée au pavillon Fleuri. Le fonds patrimonial y restera jusqu’en 2016, date de son transfert dans la nouvelle médiathèque conçue par l’architecte Paul Chemetov et inaugurée le 14 janvier 1995 pour la lecture publique. 

(1) Journal de Michelet, tome I, 1828-1848.
(2) Dans son journal, en 1845, à propos de son ouvrage Le Peuple qui paraîtra en 1846.
(3) Journal de Michelet, jeudi 28 juin 1860.

Dossier rédigé par Alice Ginsberg et Agnès Babois



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