"Le hacker est celui qui se donne pour mission d'abattre les obstacles."

Association Effervescence - 28.10.2014

Reportage - édition contribution - livre master - hacker livre


Chaque semaine, ActuaLitté, en partenariat avec l'association Effervescence, réunissant les étudiants et anciens élèves du master Édition et Audiovisuel de Paris-Sorbonne, vous donne rendez-vous : retrouvez dans les colonnes de notre magazine une chronique, réalisée par les étudiants de la formation, racontant la vie du master et de l'association. 

 

Cette semaine, focus sur la nouvelle promotion Édition du Master, et plus particulièrement sur leur projet : après les Uchroniques, voici les Hackœurs !

 

Chaque année, les étudiants du Master 2 MEA (Métiers de l'Édition et de l'Audiovisuel) de Paris-Sorbonne doivent réaliser plusieurs projets : un ouvrage pour l'option Édition, un court-métrage et une émission de radio pour l'option Audiovisuel. Le coup de foudre 2.0 ou le coup de foudre à l'heure des réseaux sociaux, c'est le sujet qui a été imposé à la promotion 2014-2015. Face à ce thème, les étudiants ont décidé d'introduire un élément perturbateur dans la mécanique bien huilée du marivaudage informatique… d'où le nom de leur maison d'édition. Rencontre avec Les Hackœurs.

 

Coup de foudre et piratage, c'est un thème assez incongru, qui peut laisser perplexe. Comment en êtes-vous arrivés à cette idée ?

 

Nous avons été déconcertés par ce thème mêlant amour et réseaux sociaux. Le piratage informatique nous a semblé un angle intéressant et original pour traiter le coup de foudre 2.0. Nous sommes partis de l'idée que l'amour, sur internet, est extrêmement codifié, voire mécanisé. Les sites de rencontre et les réseaux sociaux dressent des profils et utilisent des systèmes de recommandation pour suggérer aux utilisateurs tel ou tel contact. C'est le fameux « Vous connaissez peut-être... » de Facebook. Les profils avec lesquels on nous met en relation ont été sélectionnés au moyen d'algorithmes qui prétendent calculer nos goûts. Il y a quelque chose de l'ordre du formatage là-dedans.

 

Au contraire, le coup de foudre est le produit du hasard. Il frappe sans se poser la question de la compatibilité des partenaires. Par exemple, nous nous sommes demandé : « Si Roméo et Juliette s'étaient rencontrés sur Facebook, peut-être auraient-ils pu voir leurs noms de famille respectifs... et ne se seraient sans doute même pas contactés ». Le piratage nous a donc paru le moyen de réinjecter une dose de hasard dans cette situation. En détraquant la machine, en crackant le code, en refusant tout formatage pour imposer ses propres règles, le pirate est résolument du côté de ce paramètre aléatoire, de ce grain de sable qui vient gripper le mécanisme. En fait, nous avons piraté le sujet !

 

 


Vous avez jusqu'au 24 novembre pour pirater le coup de foudre

 

 

Alors, ce que vous entendez par « piratez le coup de foudre », c'est « piratez les réseaux sociaux » ?

 

Pas forcément. Mais ça peut donner lieu à une histoire. Par exemple, en 2012, le mathématicien américain Chris McKinlay a hacké le site OkCupid pour trouver l'amour. Il trouvait que le matchmaking (système de mise en relation des usagers en fonction de leur profil) ne fonctionnait pas du tout, car le site ne le trouvait « compatible » qu'avec un nombre infinitésimal de personnes… Il a alors cherché à avoir accès à davantage de profils pour rencontrer son âme sœur. Et ça a marché !

 

C'est une anecdote ambivalente, puisque Chris McKinlay a forcé le hasard, ce qui semble contredire l'idée que le piratage, en crackant les codes, réintroduit du hasard. Mais l'un des grands avantages de la notion de piratage est sa richesse : être un pirate, ce n'est pas seulement cracker, c'est aussi avancer masqué, à couvert. Or le web en général – et en particulier les réseaux sociaux et sites de rencontre – sont l'espace du masque par excellence : pseudos, retouches Photoshop, adresses mail jetables, faux comptes, ou simplement petits ajustements sur l'âge et la taille... Autant d'arrangements avec la réalité qui peuvent faire des internautes eux-mêmes des pirates.

 

Car après tout, mettre une fausse photo de profil sur un site de rencontre, n'est-ce pas aussi une forme de piratage amoureux ? Le piratage peut donc être abordé de manières très variées par les auteurs. D'ailleurs, hacker un site, cracker un logiciel sont, à la base, des notions dont la simplicité permet d'imaginer des fictions très diverses : en effet, hacker, c'est tout simplement s'emparer d'une technologie et la forcer à fonctionner de la façon que l'on souhaite et non pas comme l'a voulu le constructeur.

 

Le hacker est donc au centre de votre sujet ?

 

Le hacker, c'est une personnalité anonyme qui traverse l'espace informatique sans laisser de traces. Sa dimension de Fantômas des temps modernes lui confère une forte potentialité romanesque. C'est un personnage à l'aura subversive, un hors-la-loi, un champion du panache numérique, du coup d'éclat virtuel et surtout de la gratuité. Cet aspect nous a paru très intéressant, dans la mesure où le net est aussi un univers mercantile. Les données des internautes sont commercialisées, les publicités sont ciblées... D'ailleurs, certains sites de rencontre jouent délibérément là-dessus, comme adopteunmec.com, par exemple, qui reprend les codes de la consommation, avec son logo représentant un homme mis dans un caddie.

 

La figure du hacker, au contraire, nous paraissait réinsuffler de l'épique, du romanesque dans le jeu de l'amour et du hasard. Mais il a aussi un versant plus sombre, celui de la manipulation, du chantage et du sabotage, qui fait de lui une figure fascinante. Une figure double d'ailleurs, qui regroupe à la fois les hackers, prodiges de l'informatique animés par une éthique du partage et les pirates les plus mal intentionnés. Un héros ambigu, donc, avec un côté sombre. Un vrai romantique.C'est vrai ! Souvenez-vous, l'un des premiers virus dont on se souvient, c'est le « I love you » !

 

Quel pourrait être son rôle, concrètement, dans les fictions du recueil ?

 

Pourquoi pas un entremetteur, un Cupidon 2.0. ? Le coup de foudre, s'il a lieu sur internet, multiplie les obstacles ; c'est une rencontre virtuelle, sans corps. Les regards peuvent se croiser via une webcam, mais la distance physique ne peut être abolie et c'est cette distance qui laisse le champ libre au fantasme. Le coup de foudre 2.0, c'est donc une esthétique de l'obstacle, de la distance, deux motifs qui font partie des représentations les plus traditionnelles de l'amour.

 

Le hacker, lui, est justement celui qui se donne pour mission d'abattre les obstacles. Depuis son clavier, il crée des connections – et donc des rencontres – imprévues, il manipule les données, il interfère dans les échanges : c'est le parfait agent romanesque. Un Cyrano numérique qui cherche à inventer sa Roxane et son Christian. Évidemment, ce ne sont que des pistes ! Nous voulons laisser toutes les portes ouvertes aux auteurs. L'essentiel est que les deux axes du thème soient présents dans l'anthologie que nous publierons.

 

Quels types de contributions attendez-vous ?

 

Du texte et de l'image, bien sûr, mais de tous types : photographies, dessins, planches de BD pour l'image, nouvelles, poèmes, dessins, tweets, échanges de mails, captures d'écran... ou même du code, si vous voulez, pour le texte !

 

Et tout cela, avant le 24 novembre !

 

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À mardi prochain !