Le prix Virilo ne sera pas réduit à une paire... de diplômes

Clément Solym - 09.11.2009

Reportage - Prix - Virilo - reduit


Il était 11 h 29 : cette fois-ci, pas question de se tromper de jour. Équipé d'une moustache entretenue depuis 25 jours, je pensais bien donner le change pour m'introduire au Prix Virilo, remis par une troupe de 10 jurés, pileusement bien fournis.


11 h 30 : assis à la table, personne ne semble remarquer ma présence. Sauf que je suis le seul avec une vraie moustache. Même les jurées ont opté pour le pastiche. Mince...

11 h 32 : On m'interroge. Finalement, quelqu'un a vendu la mèche : je ne fais pas partie du jury. Alors qui suis-je ? Explication virile, mais correcte. Après trois dents perdues, j'arrive à bafouiller que je suis journaliste. Soudain, l'atmosphère se détend...
 

11 h 33 : Devant un café, je me fais tout petit et écoute la liste de récompense. Si certaines m'indignent, je n'ose plus broncher. D'ailleurs, vous pouvez les retrouver toutes chez Virilo directement.

On notera tout de même les récompenses attribuées à Stéphane Velut : "Le-prix-du-livre-qui-fait-peur-même-en-banlieue", pour Cadence. J'enrage... mais intérieurement. Notons aussi celle d'Alain Nadaud pour le Passage du col, doublement récompensé pour "Le prix du livre casserole qui stopperait net une carrière de ministre de la Culture" et "Le Prix de la quête spirituelle qui passe par le viol d’une communiste", mais ça a l’air de gêner personne.

11 h 45 : les prix les plus puissants sont enfin rendus : nous vous les avons dévoilés, Laurent Mauvignier et Valérie Giscard d'Estaing... pour des raisons très viriles, là encore. Encore que « gratifier Des Hommes, n'a pas été fait exprès », nous explique le Président.


11h49 :
J'ai bien évidemment réglé la très copieuse addition laissée par les jurés, c'était la moindre des choses pour les remercier de m'avoir laissé en vie. À présent, c'est rendez-vous à l'hôtel Crillon, face à la place de la Concorde, pour la remise du Femina. Car si Virilo « est grassement rétribué tant par Actes Sud que par Minuit », cela n'empêche pas d'aller à la rencontre des confrères pour leur passer un coucou.

12 h 15 : Le président, dont j'apprends qu'il est diplômé de Science Po et HEC m'explique que jamais « le prix Virilo ne pourra être réduit à une paire... de diplômes ». Dans les salons de l'hôtel, on vante également les mérites et le charme trouble de la femme à barbe, remarquant à quel point la moustache sied aux jeunes femmes.

12 h 38 : Alors que je m'autorise une petite réflexion sur le comment des choix des livres, le président revient sur un point : « Nous sommes le seul jury à acheter les livres. Et à disposer de rabatteurs pour nous signaler des oeuvres qui auraient pu nous échapper. » Rabatteurs ? D'un clin d'oeil, je comprends que je ne suis pas encore suffisamment introduit pour saisir. L'an prochain, peut-être.


12 h 45 :
Une conférence de presse est improvisée dans le couloir, juste à côté de la pièce où les jurés du Fémina délibèrent. Les journalistes se massent pour entendre les récompenses. On en vient à se demander si l'on est vraiment venu pour le prix remis cette année à Gwenaëlle Aubry.

13h08 : Le Fémina est remis, les jurés du Virilo se dispersent. Telle une anguille, j'échappe à leur vigilance... provisoirement.

L'an prochain, on m'attend avec les croissants, un poil dans la main, et un livre dans l'autre...