Les Éditions Hackœurs font sensation : six mois de travail intense

Association Effervescence - 08.04.2015

Reportage - salon livre Paris - ouvrages librairie


Chaque semaine, ActuaLitté, en partenariat avec l'association Effervescence, réunissant les étudiants et anciens élèves du master Édition et Audiovisuel de Paris-Sorbonne, vous donne rendez-vous : retrouvez dans les colonnes de notre magazine une chronique, réalisée par les étudiants de la formation, racontant la vie du master et de l'association.

 

Cette semaine, retour au Salon du livre où les Éditions Hackœurs ont présenté en avant-première leur livre, dont la sortie officielle aura lieu le 10 avril. Ils vous racontent leur expérience.

 

Pour les étudiants du master, le Salon du livre est l'aboutissement de six mois de travail intense et de moments parfois pénibles autour de leur projet éditorial, depuis la définition du thème jusqu'à l'envoi à l'imprimeur, en passant par le choix des textes et des images, la relecture d'épreuves, la réalisation de la maquette et la conception de la version numérique.

 

Au moment de recevoir leur livre, les Hackœurs ont pu s'assurer qu'il était tel qu'ils l'avaient imaginé : chic mais un peu tape-à-l'oeil dans son camaïeu de rose, couleur risquée à l'impression, mais à laquelle les étudiants tenaient, car elle était appropriée à leur sujet – les émois du cœur – , et singulière : peu de livres osent être roses !

 

  

 

 

 

Pendant que certains étudiants attendaient dans le froid l'arrivée des cartons de livres, d'autres s'improvisaient déménageurs pour le montage du stand. Un déménagement précautionneux car deux auteurs publiés dans l'ouvrage prêtaient les originaux de leurs œuvres picturales pour orner le stand. Les Hackœurs disposaient ainsi des deux dessins, sous cadre, de Léa Robin, que l'on peut retrouver dans le livre, mais aussi d'un tableau d'environ 1,70 x 1 m, peint par une autre de leurs contributrices, Viktoriia Sviatiuk. Ce tableau, un portrait de camgirl (jeune femme utilisant une webcam pour gagner sa vie en s'exposant physiquement), fait partie d'une série de quatre nus féminins, de dos, face à leurs écrans, édités dans le livre Hackœurs.

 

Le lundi soir, en revanche, l'atmosphère particulière qui régnait sur le Salon rendit le démontage plus difficile. « On sentait bien que tout le monde avait hâte de partir », raconte une étudiante. « On nous enlevait la moquette sous les pieds alors qu'on était encore en train de porter des cartons ! C'était la débandade. » C'est à ce moment-là que nos éditeurs en herbe se sont réjoui de n'avoir qu'un nombre limité d'ouvrages et un petit stand.

 

 

 

La soirée d'inauguration, mondaine, ne fut pas de tout repos pour ceux qui tenaient le stand, étant donné l'atmosphère de relâche qui y règne. Les Hackœurs avaient prévu un buffet conséquent pour contenter tout le monde, sachant que c'était le moyen le plus sûr d'attirer le regard des visiteurs. Mais il fallait monter la garde de pied ferme devant les livres car c'est, ironie, le moment du Salon où l'on enregistre le plus de vols ! Les étudiants ont néanmoins eu le plaisir de recevoir la visite d'intervenants du master qui les avaient énormément aidé, notamment celle de Dominique Escartin, chef de fabrication chez Hachette, et Xavier Cazin, co-fondateur d'Immatériel.

 

Durant les quatre jours du Salon, les étudiants se sont relayés pour tenir le stand par petites équipes de trois personnes, un travail à la fois amusant et éprouvant. Le relai ne s'est pas passé sans heurts : pour quinze exposants, il n'y avait que trois badges (un badge tous les trois mètres carrés, selon le règlement du Salon, les badges supplémentaires coûtant une dizaine d'euros pièce). Cela impliquait pour les nouveaux arrivants de rentrer avec des invitations. Certains auteurs de l'ouvrage étaient présents pour des séances de dédicaces qui se sont déroulées du vendredi au lundi. Signaient notamment Cindy Van Wilder, Agnès Marot, Justine Souque, Anthony Boulanger, Jean-Charles Ray, Yohann Frot, et plusieurs autres. Si certains noms vous semblent familiers, c'est que plusieurs de ces auteurs ont déjà offert leurs plumes aux ouvrages des promotions précédentes, notamment, Instants et Le Jour où le mur de Berlin n'est pas tombé, et que d'autres ont par ailleurs déjà été publiés.

 

Pour les Hackœurs, il était très intéressant d'observer les réactions de personnes inconnues face au livre : la fameuse couverture rose, qui avait fait l'objet de débats au sein de la promotion et avait suscité des réticences, s'est révélée fort efficace. Elle intriguait, amusait et constitue sans doute la meilleure arme de cet ouvrage. Entre cette couverture et l'immense tableau de Viktoriia Sviatiuk, qui a suscité l'admiration de nombreux visiteurs, le stand a gagné une visibilité forte pour un stand d'étudiants plutôt mal placé au premier abord.

 

En effet, le stand était situé dans l'extrémité gauche du Salon, au début de l'allée B. Ils voisinaient ainsi l'espace numérique, l'auto-publication et les imprimeurs (ainsi que la fameuse machine d'impression à la demande !) et non pas les secteurs des maisons d'édition plus susceptibles d'attirer les visiteurs. Mais cette situation s'est finalement avérée avantageuse. « Au début, cet emplacement nous paraissait un peu excentré, explique une étudiante, mais nous sommes plutôt contents : il n'y avait pas trop de monde et les gens prenaient le temps de flâner, de regarder les livres et de discuter. Alors qu'en plein après-midi, du côté des gros stands, dans les allées centrales, la foule est si importante qu'on ne s'arrête pas à moins de savoir ce qu'on veut. On n'a qu'une envie : sortir de là le plus vite possible. »

 

En outre, le stand des Hackœurs a attiré l'attention de professionnels, notamment des imprimeurs à la demande, avec lesquels les promotions à venir du master seraient susceptibles de travailler. En effet, pour des maisons d'édition éphémères comme celles-ci, la question du stock est problématique : imprimer à la demande serait idéal. Ainsi, les étudiants ont pu discuter avec des représentants de cette filière d'avenir. Peut-être même en retiendront-ils certaines leçons dans leur carrière d'éditeurs ! Par exemple, qu'une impression de qualité, comme la reliure cousue, peut être compatible avec l'impression à la demande…

 

 

 

 

Une des difficultés dans la tenue du stand, était de trouver un équilibre entre la vente des ouvrages et la valorisation de leur formation. Il s'est d'ailleurs présenté autant d'étudiants en quête d'un master d'édition que de curieux ou d'acheteurs. Mais lorsqu'un flâneur se penche sur le livre et commence à le feuilleter, comment savoir si lui parler sera bienvenu et opportun ? Certains étudiants n'ont pas hésité à saisir le moindre regard adressé par un lecteur potentiel pour leur présenter le projet, quand d'autres préféraient demeurer en retrait et attendre que la personne pose d'elle-même des questions.

 

« Je suis souvent mal à l'aise quand on me saute dessus dès que j'ai posé les yeux sur un livre, déclare une des étudiantes. C'est agressif et ça peut être rédhibitoire. Du coup, je me suis efforcée d'attendre que les gens viennent vers nous. » Certains étudiants craignaient de ne pas savoir « bien parler » de leur projet. « Mais en réalité, dit l'un d'eux, quand on se retrouve en situation, on réalise qu'on a plein de choses à raconter, plein d'anecdotes, et qu'en fait, on sait très bien en parler, de ce livre. »

 

Le bilan du Salon est très positif pour les Hackœurs : l'ouvrage a été admiré, autant pour sa qualité de fabrication (le premier livre du master en hard cover, c'est-à-dire avec une couverture non-souple et collée-cousue) que pour sa maquette. Plus de quatre-vingts exemplaires y ont été vendus. À présent, il est temps pour l'ouvrage de poursuivre sa carrière en librairie, où les étudiants s'efforcent désormais de le placer.

 

Il est déjà possible de commander un exemplaire en contactant la maison d'édition via leur adresse mail : hackoeurs@gmail.com. Enfin, sur Immatériel, on peut retrouver la version epub de l'anthologie. Celle-ci se présente sous une forme complètement différente de l'ouvrage papier : elle s'éloigne résolument de la maquette originale et offre une expérience de lecture inédite et interactive, avec des liens, des surprises et des versions audio ou vidéo des textes. L'epub est disponible ici et fera l'objet de la prochaine chronique.

 

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À mardi prochain !